Un ami journaliste m’a transmis le PV de réunion du conseil de surveillance de la Charte eTIC. Son contenu m’a interpellé, suffisamment pour que je décide d’en parler ici.
Pour ceux qui ne connaissent pas la Charte eTIC, il s’agit d’un code de bonnes pratiques favorisant des relations contractuelles équilibrées et transparentes entre les fournisseurs signataires et leurs clients professionnels. En somme, la Charte eTIC vise une sorte de semi-autorégulation du monde des agences via l’adoption d’une série de “bonnes pratiques” que les prestataires s’engagent à respecter.
Jusqu’à présent, la Charte se limitait à ce rôle. A en croire ce PV, ses instigateurs veulent désormais passer à la vitesse supérieure et verraient volontiers la Charte Etic comme un ordre professionnel de fait. L’expression “ordre professionnel” est soit inquiétante, soit coquace.
Inquiétante si on se réfère à la définition que donne Wikipedia d’un ordre professionnel. Ce genre d’organisation:
- régule l’accès à une profession et immatricule ses membres
- sanctionne des membres fautifs grâce à des prérogatives de la puissance publique
A la différence d’un syndicat, l’adhésion à un ordre professionnel est obligatoire pour qui veut exercer la profession que chapeaute cette organisation. Un ordre professionnel est donc rigoureusement incompatible avec un système ouvert, libre et décentralisé comme l’Internet qui favorise naturellement l’initiative et l’esprit d’entreprise.
Le petit monde des agences web a-t-il besoin d’auto-régulation ? Probablement, car les litiges sont nombreux chaque année entre agences et clients qui s’estiment lésés par les services défaillants de leur prestataire. Mais le Net n’a pas besoin de gardiens du temple qui filtrent l’accès à l’entrée. On pourrait croire que l’expression “ordre professionnel” est un choix malheureux des rédacteurs du PV. Or, ce même document affirme aussi la “volonté que la Charte eTIC devienne une norme de fait et que les non-signataires soient marginalisées”. Wow.
Inquiétant, ce type d’assertion définitive fait également sourire et rappelle furieusement la fable de la grenouille qui voulait se prendre pour un bœuf. Car, malgré les quelque 700 membres actifs qu’elle revendique, la Charte eTIC est en réalité très peu représentative du marché. La plupart des grandes agences n’en sont pas membres. Idem pour les agences émergentes sur le marché. Cela n’enlève rien à l’intérêt de la Charte mais cela remet en perspective son ambition de se transformer en “ordre professionnel” afin que le secteur soit “démocratiquement représenté dans les différentes instances de décision et de concertations régionales, fédérales et européennes”. Comme le rappelle cette semaine le magazine Trends-Tendances, “sur une trentaine de plaintes reçues par l’AWT dans sa mission de régulation du domaine, seule 9 concernaient ses membres, la vingtaine d’autres échappant donc à toute régulation par la charte eTic”.
On s’étonnera que les membres du Comité de surveillance (Agoria, Infopole, AWT…) aient accepté de souscrire à ce PV dont la teneur me paraît très éloignée des véritables enjeux et préoccupations du marché. Il y a beaucoup, beaucoup mieux à faire que créer un ordre professionnel par les temps qui courent.