Twitter : changer le monde en gazouillant

Le réseau social Twitter connaît une croissance explosive au niveau mondial. Rencontre avec Biz Stone, un de ses co-fondateurs.

36 ans, cheveux en pétard, air sympa et décontracté : Biz Stone est un peu l’archétype des créateurs de start-up qui ont nourri la légende de la Silicon Valley californienne, terreau de nombreuses révolutions technologiques qui ont bouleversé le monde durant ces trente dernières années. En quatre ans, lui et ses deux associés ont construit Twitter, un réseau social où quelque cent millions de membres (dont 60% installés hors des Etats-Unis) s’échangent de brefs messages, baptisés “tweets” (“gazouillis”), de 140 caractères maximum. Si cette conversation en temps réel a d’abord été l’apanage d’une élite technophile, Twitter commence à réunir une audience beaucoup plus large qui s’étend désormais aux célébrités, sportifs, manadataires politiques… et qui a transformé Twitter en étoile montante de l’Internet mondial. “Pourtant, j’aime décrire Twitter comme un enfant qui grandit”, explique Biz Stone. “Comme tous les enfants, nous faisons des erreurs. Etant donné que Twitter est une plate-forme transparente et ouverte au public, les utilisateurs peuvent les voir et même nous aider à les corriger. En fait, nous sommes devenus célèbres pour nos erreurs”, sourit notre interlocuteur.

Alors que, fin 2009, Twitter n’employait encore qu’une trentaine de personnes, la société compte aujourd’hui plus de deux cents collaborateurs. “Conserver notre culture d’entreprise originelle est un défi pour nous”, souligne Biz Stone. “C’est pourquoi nous sommes divisés en une vingtaine de groupes. Chaque entité fonctionne comme une startup autonome et doit défendre en comité de direction ses projets pour le restant de l’année.” Quelles caractéristiques faut-il posséder pour être engagé par Twitter ? “Contrairement à ce que vous pourriez penser, nous ne recrutons pas en priorité des jeunes de vingt ans sortis de l’université. Nous souhaitons davantage de variété au sein de notre équipe et nous voulons aussi des profils expérimentés. Pour travailler chez Twitter, il faut avoir un bon sens de l’humour, être compétent et, surtout, avoir envie d’un job qui ait une véritable signification pour vous.”

Car, à l’instar de Google, Twitter nourrit une utopie : rendre le monde meilleur en connectant les individus pour faire émerger une sorte de conscience globale. “Aujourd’hui, les “tweets” peuvent être traduits automatiquement dans n’importe n’importe quelle langue. La technologie est encore imparfaite mais elle va s’améliorer. S’ils peuvent communiquer entre eux, les utilisateurs peuvent peuvent alors comprendre qu’ils partagent des préoccupations communes à l’échelon mondial et sortir de logiques purement nationales. En tant que citoyen du monde, imaginez les choses incroyables que nous pouvons accomplir ensemble. Twitter fournit l’occasion de dire aux politiciens : ‘Hé, arrêtez de vous battre pour des choses stupides, voici les problèmes que nous pensons devoir être résolus.’” Faire le bien en faisant du business : une philosophie qui pourrait engendrer le pire comme le meilleur des mondes…

Avant que ce grand dessein ne se réalise, Biz Stone sait toutefois que Twitter doit encore évoluer malgré son succès croissant. “Nous devons améliorer l’interface pour rendre Twitter plus accessible. Chaque jour, plus de cinquante millions de messages circulent sur notre plate-forme. Nous devons davantage aider les utilisateurs à trouver leur chemin vers l’information qui les intéresse.”

Paru dans La Libre du 21 juin 2010.



iPad : cachez ce sein que Steve Jobs ne saurait voir !

A travers ses terminaux et applications, la marque à la pomme a construit un écosystème sous haute surveillance. Y compris quant au respect des bonnes moeurs…

L’iPad sera-t-il le sauveur de l’industrie des médias ? Alors que ses chiffres de vente outre-Atlantique ont dépassé les prévisions les plus optimistes, les éditeurs américains se précipitent vers la nouvelle tablette interactive d’Apple pour y proposer une déclinaison de leurs titres-phares. La raison de cet engouement est double. Primo, l’iPad et son interface tactile pourraient capter des segments d’audience qui, jusqu’à présent, restaient réfractaires à la révolution numérique. Secundo, le succès de l’iTunes Store, le magasin virtuel d’Apple, a montré que les consommateurs sont désormais disposés à ouvrir leur portefeuille pour acheter musique, vidéos et applications en ligne. Après avoir longtemps consenti de lourds investissements dans l’Internet sans en recueillir les fruits, les groupes médias voient donc dans l’iPad un moyen de se réconcilier avec les nouveaux médias. Et de revenir ainsi à la belle époque où l’audience devait payer pour consommer du contenu…

Cet espoir de monétisation pourrait toutefois avoir un coût caché : celui d’un contrôle accru sur l’information en ligne si l’iPad venait à conquérir une part de marché aussi signicative que l’iPod dans le domaine des baladeurs numériques. Comme l’iPhone, l’iPad oblige l’internaute à passer par l’AppStore pour obtenir de nouvelles applications. Or, Apple surveille étroitement le catalogue disponible sur sa plate-forme : avant qu’une application ne soit téléchargeable sur l’AppStore, celle-ci doit d’abord passer sous les fourches caudines d’Apple qui entend contrôler ainsi la qualité et la sécurité des applications, mais ausssi leur respect de certaines normes éthiques. S’il est louable en soi, ce dernier critère pose cependant une question sous-jacente : où Apple place-t-il le curseur entre ce qui est “approprié” et ce qui ne l’est pas ? Réponse : assez haut dans le puritanisme.

Récémment, la marque à la pomme a ainsi manqué de refuser une version illustrée de l’”Ulysse” de James Joyce conçue pour l’iPad. Motif : cette adaptation contenait des dessins de femmes nues sur deux pages. Cachez ce sein que Steve Jobs ne saurait voir… Plus proches de nous, les applications iPhone du magazine féminin Flair, du dessinateur Pierre Kroll et… du quotidien La Dernière Heure ont été classées “17+” par Apple, c’est-à-dire accessibles seulement aux utilisateurs âgés de 17 ans minimum car celles-ci peuvent “comporter un langage ordurier ou intense, (…) une violence d’ordre fictif ou réaliste, de fréquentes et intenses références à des thèmes adultes (…), un contenu sexuel ou des scènes de nudité, des représentations d’alcool, de tabac et de nudité”…. dixit la justification lisible sur l’AppStore. “Dans le cas de Pierre Kroll, la validation a pris plus de trois mois et j’ai cru qu’elle n’arriverait jamais”, explique Jean-Paul De Ville d’appSolution, la société productrice de l’application. “J’ai dû prouver qu’il s’agissait d’un caricaturiste ‘sérieux’ en exhibant ses contrats avec les médias et les numéros d’ISBN de ses livres.”

Apple, ennemi de la liberté d’expression ? La sentence est sans doute exagérée. On peut toutefois s’inquiéter qu’un constructeur informatique puisse approuver ou rejeter souverainement ce que les utilisateurs peuvent voir ou ne pas voir sur leus terminaux. Cette démarche est également révélatrice de l’approche que ce même acteur nourrit envers l’Internet : celle d’un réseau fermé où la circulation des données est sinon limitée, du moins soigneusement balisée. Une vision diamétralement opposée à celle de son concurrent Google qui s’est erigé en ardent défenseur des standards technologiques ouverts et d’un Internet affranchi de toute barrière à l’entrée.

Dans le même esprit, on relèvera que l’iPad ne possède pas de port USB : s’il souhaite y connecter des périphériques externes (comme un appareil photo numérique) ou simplement exporter des fichiers, le possesseur de tablette doit alors acquérir un adaptateur ad hoc… ou recourir aux logiciels d’Apple pour synchroniser sa tablette avec d’autres ordinateurs.

Outre-Atlantique, des observateurs avertis dénoncent cette philosophie qui s’avère, selon eux, aux antipodes de l’esprit libertaire qui souffle sur le web. “L’iPad est rétrograde”, juge Jeff Jarvis, professeur à l’Université de New York, sur son blog. De son côté, Cory Doctorow (www.boingboing.net) décrit la tablette d’Apple comme un “appareil infantilisant” qui, affirme-t-il, renvoie l’utilisateur au temps où il ne pouvait que consommer du contenu, sans possibilité de le créer et de l’échanger. Un temps où certains groupes médias aimeraient bien revenir grâce à l’iPad.

Paru dans La Libre du 3 juillet 2010.



iPhone : quel succès pour les applications belgo-belges ?

Il pleut des applications iPhone comme la misère sur le bas peuple ! Pas une semaine ne s’écoule sans qu’une société n’annonce son arrivée sur l’AppStore, le magasin en ligne qui permet de télécharger des micro-logiciels qui ajoutent une fonctionnalité particulière au téléphone d’Apple mais aussi à l’iPad, la fameuse tablette interactive que le constructeur à la pomme s’apprête à sortir en Belgique. Les résultats enregistrés par ces premières expérimentations sont cependant assez contrastés. Les chiffres ci-dessous ont été collectés entre début mai et fin juin. Comme point de repère, le marché belge compte actuellement 150.000 utilisateurs d’iPhone.

Souriez, vous êtes géolocalisé. La chaîne de restauration rapide Quick propose une application gratuite basée sur la géolocalisation : l’utilisateur peut détecter instantanément le restaurant le plus proche en fonction de sa position géographique. « La raison de notre présence sur l’iPhone est double », expliquez Ulrich Motte, Field Marketing Manager. « Tout d’abord, l’iPhone est fortement utilisé par les 15-35 ans, un segment qui correspond aussi à notre cœur de cible. Par ailleurs, la décision d’aller au Quick est souvent prise en dernière minute, comme le film qu’on choisit d’aller voir au cinéma. Avec cette application, le client peut nous trouver plus facilement. Il s’agit aussi d’un canal supplémentaire pour lui communiquer notre actualité, nos promotions… Nous projetons d’ailleurs de faire évoluer l’application à l’avenir. » Côté chiffres, notre interlocuteur parle de « plusieurs dizaines de milliers » de téléchargements communs à la Belgique, au Luxembourg et à la France depuis le lancement de l’application en mars dernier.

Adecco : audience confidentielle. Seulement 2.000 téléchargements pour l’application iJobs qui permet de chercher du travail sur son iPhone. Un chiffre assez anecdotique face au trafic drainé chaque mois par les grands sites d’emploi. Pour Adecco, l’enjeu réside sans doute davantage dans le positionnement novateur que lui procure l’iPhone que dans l’audience réelle que génère cette application.

Solo tente de faire monter la sauce. Les produits de grande consommation font aussi leur incursion sur iPhone. La marque Solo transforme ainsi l’iPhone en livre de recettes qu’on a toujours à portée de main. Une application qui s’inscrit dans la stratégie de la plate-forme « Solo Open Kitchen », lancée voici trois ans. « Il s’agit d’une communauté où les consommateurs peuvent trouver quotidiennement de nouvelles recettes, des concours et des astuces de cuisine. Les leaders de la communauté peuvent en outre partager leurs propres recettes avec les autres membres. Etant donné que Solo veut jouer un rôle actif pour sortir le consommateur de sa routine culinaire, il est crucial de nourrir son inspiration à travers un maximum de canaux », explique Bas Jespers de l’agence Luon. « Il était donc logique d’amener Solo sur l’iPhone. »

Depuis la fin 2009, cette application a été téléchargée 6.000 fois. « Chaque mois, elle est ouverte et utilisée au moins 3.000 fois », complète notre interlocuteur. Même si comparaison n’est pas raison, la communauté Solo Open Kitchen compte, dans sa globalité, 75.000 membres dans son ensemble et plus de 180.000 abonnés à la newsletter mensuelle.

Touring : à mi-chemin entre gratuit et payant. Si la grande majorité des applications estampillées belgo-belges sont gratuites, certains acteurs commencent à tester des modèles économiques hybrides où l’utilisateur doit délier sa bourse pour une partie du contenu. C’est le cas de l’application Touring Mobilis Pro qui indique en temps réel l’état du trafic en Belgique : embouteillages, accidents, radars, travaux… « Les fonctionnalités de base restent gratuites », explique Jan Cools, CEO de Be-Mobile, filiale de Touring à l’origine de l’application. « En revanche, les informations à valeur ajoutée comme les temps de parcours ou les alertes radar se bloquent après deux semaines. Pour y accéder, l’utilisateur doit alors souscrire à une de nos deux formules d’abonnement : 4,99 euros pour trois mois ou 19,99 euros pour un an. » Jan Cools parle de 60.000 téléchargements enregistrés jusqu’à présent pour quelque 2.000 abonnés payants, soit un taux de conversion de 4%.

Bonne nouvelle : les utilisateurs d’iPhone acceptent d’ouvrir son portefeuille lorsque le service en vaut la peine. Moins bonne nouvelle : le taux de transformation gratuit/payant est dans la norme mais n’explose pas les standards du genre. Même sur iPhone, il faut donc conquérir chaque client payant à la sueur de son front…

Médias : avantage sans surprise au gratuit.. Le quotidien Le Soir affirme avoir atteint les 40.000 téléchargements gratuits, alors que De Standaard en annonce 6.500 pour son application payante (3,99 euros). Pas de quoi faire vivre une rédaction…

3.000 pizzas commandées par iPhone. En Belgique aussi, il est désormais possible de commander une pizza via son iPhone. Développée par la société batave TakeAway.com, l’application Pizza.be vous permet de consulter la carte de votre pizzeria la plus proche et se charge ensuite de lui transmettre votre choix. Il s’agit, ni plus ni moins, de la déclinaison sur iPhone du site Pizza.be qui fournit déjà le même service. Nous l’avons testé et cela fonctionne impeccablement : 20 minutes plus tard, le livreur était devant notre porte. « Depuis le démarrage en septembre, nous comptons 100.000 téléchargements en Europe, dont 5% sur le marché belge », explique Jitse Groen, patron de TakeAway.com. « Cela représente 3.000 commandes effectuées par iPhone à ce jour dans notre pays. »

Paru dans La Libre du 15 mai 2010.



L’Internet sort sa première BD

Grâce aux dons des internautes, le site Sandawe éditera le prochain album de Jean-Marc Allais Serge Perrotin. Une première dans le monde de la bande dessinée franco-belge.

Sandawe a gagné son pari. Vendredi dernier vers 22h, ce site Internet a récolté l’ultime micro-contribution qui lui permettra d’éditer le premier album de bande dessinée franco-belge financé entièrement par les internautes. Les heureux lauréats se nomment Jean-Marc Allais et Serge Perrotin, deux auteurs qui peuvent désormais se concentrer sur la production d’ « Il Pennello », un récit fantastique que les lecteurs pourront découvrir en librairies d’ici quelques mois.

Lancé au début de cette année, Sandawe est une initiative de Patrick Pinchart, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Spirou. « L’idée était de créer une plate-forme d’édition communautaire où des fans de BD peuvent soutenir la création de nouveaux albums en y investissant eux-mêmes leurs deniers », explique-t-il. « Chaque ‘édinaute’ peut participer en apportant au moins dix euros à la somme totale qui doit être réunie avant la fabrication de l’album ne puisse commencer. » Dans le cas d’« Il Pennello », il s’agissait d’engranger quelque 36.000 euros, une barre qui a été franchie en cinq mois grâce aux dons de 260 édinautes qui ont versé, en moyenne, 138 euros.

Baptisé « crowdfunding », ce principe-moteur, n’est pas neuf et fonctionne déjà sur la scène musicale où un site belge comme Aka Music produit des artistes depuis mars 2008 grâce à l’apport financier de sa communauté. Dans le monde de la bande dessinée, il s’agit en revanche d’une véritable première qui répond, selon Patrick Pinchart, à un véritable appel d’air. « Chaque année, le marché de la bande dessinée accueille près 5.000 nouveaux albums, publiés par une poignée de grands éditeurs. Dans cette pléthore de titres, les jeunes auteurs ont peu de chance de se distinguer et d’attirer l’attention du public. Avec Sandawe, ils peuvent trouver un nouveau moyen pour financer leurs livres, mais aussi pour en assurer la promotion grâce au bouche-à-oreille propre à Internet. Pour un libraire, il est rassurant de mettre en avant une nouveauté qui a déjà été plébiscitée par des centaines d’internautes. »

Sandawe ne se contente toutefois pas d’être une caisse enregistreuse et veut tisser des liens privilégiés entre l’auteur et ses mécènes : lorsqu’un album boucle son financement, chaque contributeur recevra ensuite des cadeaux (ouvrage dédicacé, ex libris…) d’une valeur proportionnelle à son investissement dans le projet. Un espace « VIP » permettra en outre de suivre en exclusivité l’élaboration de l’album.

En coulisses, le modèle économique de Sandawe repose sur deux sources de revenus : la commission sur chaque budget complété et les éventuels bénéfices générés par les albums. « Nous partagerons 60% des recettes avec les édinautes », souligne Lionel Camus, directeur financier de Sandawe. « Pour devenir rentables, nous devons vendre entre 5 et 15 albums par an, sachant que les moyens financiers nécessaires ainsi que les retombées commerciales potentielles varient selon les projets. » Développée sur fonds propres, la société recherche actuellement de nouveaux investisseurs et espère boucler sa première levée de fonds pour la rentrée.

Paru dans La Libre du 15 juin 2010.



Unilever séduit les femmes avec Yunomi

La communauté en ligne Yunomi cartonne dans le Benelux. La Libre Belgique a obtenu en exclusivité les chiffres de ce succès.

Par les femmes, pour les femmes. C’est, en résumé, le principe de Yunomi, un site lancé voici un an par Unilever, géant mondial des produits de grande consommation (Solo, Calvé, Coral…). Objectif : « Offrir aux utilisatrices, simplement et chaque jour, un moment à soi », explique Christel Vereecken, Multibrand Project Manager. « Aujourd’hui une femme est épouse maman, collègue, amie… et doit jongler avec ces multiples rôles. Nous voulons lui montrer que son cas n’est pas unique mais vécu par des milliers d’autres femmes.» Yunomi propose ainsi des forums de discussion, mais aussi des articles pratiques, des recettes de cuisine ou des portraits de femmes, ce contenu étant rédigé par des rédactrices spécialisées, mais aussi par les membres de la communauté elles-mêmes. Certaines actions sur Yunomi (poster un commentaire, ouvrir la newsletter…) rapportent en outre des « nomis », c’est-à-dire des points de fidélité qui pourront ensuite s’échanger contre des cadeaux.

Un an après le lancement officiel, les chiffres sont impressionnants. Yunomi a réuni, en douze mois, quelque 4,8 millions de visiteurs uniques dans l’ensemble du Benelux, pour 240.000 membres enregistrés. Côté participation, un critère crucial pour évaluer le succès d’une communauté, les résultats sont à la hauteur du trafic : 125.000 articles, 60.000 recettes et 2,2 millions de commentaires publiés par les membres.

Sur base de ces statistiques, on peut dire qu’Unilever a réussi à créer une véritable communauté là où d’autres annonceurs (Fortis, Thalys et Eurostar…) ont échoué dans le même exercice. L’honnêteté commande toutefois de dire qu’Unilever ne partait pas d’une feuille blanche puisque Yunomi a remplacé deux autres programmes du même type, « Life’n’cooking » aux Pays-Bas et « 100 façons » en Belgique. « Nous sommes étonnés par ce succès », confesse Christel Vereecken. Un engouement qui a conduit Unilever à lancer récemment un véritable magazine papier issu des contributions des utilisatrices sur le site. « Nous réfléchissons aussi à amener Yunomi sur d’autres canaux comme l’iPhone. Des membres nous demandent même d’organiser des événements dans le monde réel où elles pourraient se retrouver. »

Pour Unilever, Yunomi est une façon de répondre au comportement actuel des consommateurs et à leur immunisation grandissante aux canaux publicitaires traditionnels. Les ménagères entre 30 et 50 ans n’échappent à ce phénomène. Pour atteindre ce groupe-cible plus volatile et plus informé (effet Google oblige) qu’auparavant, les marques cherchent à tisser de nouveaux liens en lui apportant une véritable valeur ajoutée dans la vie quotidienne.

Dans un dessein plus large encore, Yunomi permet à Unilever de s’adresser directement aux femmes responsables de l’achat dans un foyer sans passer par la case de la grande distribution. Bien que la société s’en défende, cette démarche n’est pas anodine après le conflit qui a opposé Unilever à la chaîne Delhaize il y a quelques mois.

Last but not least, Yunomi s’intègre dans une stratégie plus globale qui vise à rendre Unilever plus visible auprès des consommateurs. « Auparavant, Unilever était un conglomérat de différentes marques », explique Aurélie Ghert, Public Affairs & Media Relations Manager Belgium. « Nous voulons qu’à moyen terme, le consommateur connaisse Unilever comme une sorte de label de qualité qui possède différentes marques sous son ombrelle. Cette approche nous permettra aussi de mettre en avant des aspects méconnus de nos activités comme notre engagement pour le développement durable. »

Publié dans La Libre du 25 juin 2010.



MIMS et OmniPro rendent l’hôpital plus efficace

Depuis 13 ans, cette PME liégeoise développe OmniPro, un logiciel spécifiquement conçu pour le secteur médical.

Vous avez dû récemment séjourner dans un hôpital ? Sans le savoir, vous êtes probablement passé entre les mains d’OmniPro, un programme informatique réalisé par MIMS. Née en 1997, cette PME liégeoise conçoit un logiciel qui aide les institutions de soins à optimiser et automatiser leur fonctionnement : dossier médical, planning des infirmières, prescription des médicaments, gestion des lits et des repas…

“Initialement, l’objectif était d’informatiser le dossier médical qui demeurait, à l’époque, un document sur papier”, explique Dominique Bastille, co-fondateur de MIMS. “Nous souhaitions fournir un outil adapté au travail du médecin, mais aussi capable de distribuer l’information vers les autres acteurs de terrain comme les infirmiers ou le médecin traitant. A mesure que nous avons développé le logiciel, nous avons commencé à toucher au restant de l’organisation de l’hôpital, depuis le premier rendez-vous du patient jusqu’à sa sortie, de sorte à automatiser toutes les étapes de son parcours. Cette démarche comprend aussi le travail de l’infirmière et de tous les spécialistes qui peuvent intervenir lors d’un séjour en milieu hospitalier.”

Selon notre intelocuteur, les obstacles ont été autant culturels que technologiques, le secteur médical n’étant pas épargné par la peur du changement. “Quand avons démarré, le milieu hospitalier était encore fort cloisonné. Il arrivait par exemple que deux médecins au sein d’un même service ne partagent pas entre eux l’information sur un même patient. En outre, les procédures n’étaient pas toujours harmonisées, le patient pouvait recevoir un traitement différent selon son interlocuteur. L’informatisation des hôpitaux a contribué à uniformiser ce qu’on appelle les “itinéraires clinique” dans le jargon professionnel, mais aussi à délester les infirmières de certaines tâches administratives, d’autant que la loi leur impose de consigner scrupuleusement l’historique de toutes leurs actions.”

Déjà présente dans 23 hôpitaux en Wallonie et quelque 600 cabinets privés, MIMS commence à mettre le nez à la fenêtre sur le marché français où elle a conquis son premier client avec l’hôpital Foch. La société vient également de s’implanter de l’autre côté de la frontière linguistique. “Jusqu’à présent, nous nous sommes développés via le bouche à oreille”, souligne Dominique Bastille. “L’avenir passe par une démarche commerciale plus active afin de grandir à l’international.”

Publié dans La Libre du 12 juin 2010.



Les réseaux sous-marins de Citymesh

Cette société brugeoise fournit sa technologie sans fil à BP dans la lutte contre la marée noire dans le Golfe du Mexique.

Au large de la Louisiane, le combat continue contre le « 11-Septembre écologique », selon les mots du président Obama. Au cœur de cette opération, la société belge Citymesh joue un rôle non négligeable en délivrant, en temps réel, les images de la fuite de pétrole à tous les acteurs (garde-côtes, sécurité intérieure etc.).

« Quatre bateaux équipés chacun d’un robot sous-marin naviguent dans le périmètre de la plate-forme de forage », explique Vincent Grymonprez, CEO de Rigmesh, filiale américaine de Citymesh. « Ces robots sont dotés de caméras qui filment la fuite de pétrole jusqu’à 1.500 mètres sous le niveau de la mer. La technologie sans fil que nous avons conçue transmet simultanément les images de toutes les caméras dans une chambre de contrôle installée dans un bateau voisin. Les images sont ensuite acheminées via satellite ou fibre optique vers les serveurs informatiques de Citymesh à Diegem, dans la périphérie bruxelloise. Nous plaçons ensuite les vidéos sur un site web sécurisé auquel seules les équipes autorisées peuvent accéder. De la sorte, les spécialistes peuvent suivre pas à pas l’évolution de la situation et prendre des décisions sans devoir être tous réunis sur le théâtre des opérations. »

Mais comment un géant comme BP en est-il venu à adopter le savoir-faire d’une petite entreprise brugeoise ? « Notre technologie sans fil à ceci d’unique qu’elle transforme les différents bateaux en une véritable toile où chaque navire est à la fois un émetteur et un maillon du réseau global, ce qui permet de transmettre rapidement des images de haute qualité. »

Fondée en 2006, Citymesh est présente dans les activités « offshore » depuis fin 2007. Chez nous, Citymesh a déjà installé de nombreux réseaux sans fil pour des halls d’exposition ou des villes flamandes qui souhaitent, par exemple, renforcer la surveillance lors de grands événements sportifs. Pour cette année, la société prévoit un chiffre d’affaires qui avoisinera 1,7 million d’euros.

Publié dans La Libre du 19 juin 2010.



8Seconds rend l’e-mail plus convaincant

Cette jeune société flamande a conçu une solution technologique qui permet d’optimiser aisément l’impact des messages électroniques.

Chaque année, les entreprises envoient des milliers, voire des millions d’e-mails commerciaux à leurs clients et prospects. Mais comment savoir si le contenu de ces messages est réellement pertinent par rapport à la cible ? C’est à cette question que tente de répondre 8Seconds, une start-up anversoise spécialisée dans l’optimisation des campagnes par e-mail. « Notre plate-forme permet d’envoyer un même message formaté de différentes façons à une fraction de la base de données globale qui doit recevoir l’e-mail », résume Pieter Wuyts, Account Director. « Grâce au retour enregistré sur ce segment restreint de destinataires, on peut déterminer les versions qui engendrent les meilleurs résultats en termes d’ouverture du message, de clic sur les liens, d’achat sur le site… »

Techniquement, la solution de 8Seconds est assez simple à comprendre. Un e-mail commercial se compose généralement d’une ou plusieurs images stockées sur un serveur externe. Lorsque l’internaute ouvre le message, le code-source de l’e-mail « appelle » ces images et les affiche dans le navigateur ou le logiciel de messagerie. 8Seconds se glisse au milieu de ce flux et joue le rôle de tampon entre l’e-mail et le véritable lieu où sont hébergées les images. « De la sorte, nous pouvons filtrer les résultats et retenir les éléments qui ont le plus séduit les destinataires », continue Pieter Wuyts. « L’annonceur peut ainsi récolter des informations sur les préférences de ses clients. Par exemple, quel type de photo faut-il utiliser dans l’e-mail ? Quel est le prix que le consommateur juge acceptable pour un certain produit ? Au fil des campagnes, on peut ainsi apprendre à mieux connaître un groupe-cible par expérience cumulative. »

Et notre interlocuteur de citer une campagne pour Sunparks où pas moins de seize gabarits de messages ont été testés sur un échantillon de 10.000 destinataires. A la clé : un taux de transformation internaute/client qui a grimpé de… 830% par rapport aux chiffres habituels.

Lancée fin 2008, 8Seconds a déjà ouvert un bureau aux Etats-Unis pour commercialiser leur bébé outre-Atlantique. Ses fondateurs affirment également que leur solution technologique susciterait l’intérêt d’investisseurs internationaux.

Paru dans La Libre du 22 mars.



50% des internautes belges sur Facebook

Le réseau social est devenu un phénomène de masse et un reflet troublant de notre société.

3,5 millions. C’est le nombre de surfeurs belges qui ont déjà créé un profil sur Facebook, le leader mondial des réseaux sociaux. Si on se réfère aux statistiques officielles d’Eurostat ou de l’ITU (International Telecommunication Union), cela signifie qu’un surfeur belge sur deux est membre de cette plate-forme. Aucun autre service Internet n’a probablement connu une croissance aussi fulgurante dans notre pays. En terme de taux de pénétration, la Belgique se place ainsi devant la France (45,96% de la population connectée), les Pays-Bas (18,5%) ou l’Allemagne (17,28%). En revanche, elle se classe derrière la Grande-Bretagne (62,8%), l’Italie (57,73%) ou l’Irlande (66,56%), selon le site Check Facebook qui s’amuse à collecter ces données pour la quasi-totalité des Etats de la planète.

A quoi ressemble la population belge inscrite sur le plus grand des réseaux sociaux ? L’outil publicitaire de Facebook, qui permet au tout-venant de créer un message promotionnel et de l’adresser à un groupe-cible taillé sur mesure, renferme une mine d’indications socio-démographiques à ce sujet.

Les jeunes adultes en force. Sans véritable surprise, les 18-34 forment 52,7% de l’ensemble des membres belges. Un chiffre qui renvoie aux racines historiques de Facebook qui a été conçu, à l’origine, comme une sorte d’annuaire géant pour les campus américains.

Une copie (presque) conforme de la société belge. Côté groupes linguistiques, Facebook recense 42% de francophones pour 58% de néerlandophones. Et les autres langues ? Un cercle restreint de 2.000 Belges pratiquent l’Arabe, contre 350.000 qui se disent familiers avec l’anglais. Quant au niveau d’instruction, Facebook ne fournit guère de renseignements détaillés sur le parcours scolaire de ses membres. Sur la cible des “25+”, on apprend cependant que 174.000 Belges (dont 48% de femmes) affirment posséder un diplôme de niveau universitaire, soit 8,2% de cette tranche d’âge et… autant que dans la population belge dans sa globalité.

Hommes et femmes à parité, célibataires en minorité. Les deux sexes sont présents quasiment à égalité sur Facebook, les hommes ne dépassant les femmes que de 19.000 unités. Plus surprenant : si on examine le segment des “18+”, les membres qui se déclarent “célibataires” ne représentent qu’environ 425.000 personnes, soit 14,65% de cet échantillon. Une proportion qui brise, d’une certaine façon, l’image de repaire pour âme en peine qui colle parfois à Facebook. Tout profit pour des sites de rencontres comme Rendez-Vous ou Meetic ? En outre, Facebook ne compte “que” 140 Belges ayant indiqué la prostitution parmi leurs centres d’intérêt.

Sexe et foot devant la politique. Dernier détail piquant, 9.860 petits coquins ont placé le “sexe” dans leurs hobbies, tandis que 60.720 disent aimer le football. A comparer avec les… 4.500 internautes qui affichent des affinités avec la politique.

Attention, ces statistiques sont considérées comme “approximatives” par Facebook lui-même et doivent donc être prises avec le recul nécessaire. Elles montrent néanmoins que Facebook est devenu aujourd’hui un véritable phénomène de masse qui brasse toutes les strates de notre société. Pour cette raison, il y a fort à parier que ce réseau social sera, avec Apple et Google, un des trois grands acteurs qui vont dominer l’Internet dans les dix prochaines années. Et influer profondément sur la façon dont nous communiquons avec les autres.

Paru dans La Libre du 12 juin 2010.



Truvo, du papier au numérique

Face à la montée des nouveaux médias, l’éditeur des Pages d’Or doit revoir en profondeur son modèle économique.

Et si les annuaires sur papier disparaissaient un jour? Chez Truvo, éditeur de l’annuaire des Pages d’Or, cette hypothèse n’est plus un tabou. Une récente étude d’InSites Consulting pointait d’ailleurs que l’usage de l’annuaire est en chute libre lorsqu’il s’agit de trouver le numéro de téléphone d’un fleuriste ou d’un déménageur. Tout profit pour les moteurs de recherche, Google en tête.

Obligée de se transformer, Truvo doit gérer une double temporalité. A court terme, l’entreprise peut vivre de son annuaire, activité que demeure extrêmement rentable avec des marges bénéficiaires plutôt confortables. A plus longue échéance, la société sait qu’elle doit revoir son modèle économique, sous peine d’être balayée par la vague numérique qui a changé les règles du jeu. D’un côté, Google continue, jour après jour, d’indexer l’information en ligne et de court-circuiter les anciens fournisseurs de renseignements de proximité. De l’autre, les Pages d’Or doivent désormais affronter la concurrence de sites web et communautés comme Resto.be, Le Petit Moutard ou CityPlug. Des acteurs “Internet-native” plus souples, plus flexibles et qui profitent d’ailleurs de l’éco-système du même Google pour développer leur audience de façon exponentielle.

Truvo a donc entamé une “longue marche” vers le numérique. Sur le devant de la scène, la société investit massivement dans son site Internet et vient de lancer une nouvelle application iPhone. “Notre objectif est d’atteindre le consommateur à travers un maximum de canaux”, explique Martine Bayens, CEO. “Nous nous positionnons aujourd’hui comme un fournisseur de trafic pour les entreprises grâce à la qualité de notre contenu local.”

En coulisses, Truvo a signé des partenariats en rafale avec de grands acteurs de l’Internet comme Microsoft, le réseau social Netlog ou la régie Internet Beweb. On notera aussi que Pierre Gatz, Chief Technical Officer de la société, est récemment entré au Conseil d’Administration de l’agence interactive Emakina. Enfin, Truvo reste à l’affût d’acquisitions à effectuer. Selon nos informations, l’éditeur des Pages d’Or était ainsi candidat au rachat de l’agence de référencement Extenseo (aujourd’hui iProspect Belgium) lors de sa mise en vente au dernier trimestre 2007.

Pour Truvo, le défi de l’Internet est aussi interne. “Les commerciaux de la société ont été habitués à vendre des espaces publicitaires sur un marché où Truvo n’avait quasiment pas pas de rivaux”, explique un ancien employé. “Nous investissons beaucoup dans la formation de notre personnel”, répond Martine Bayens. “Notre équipe nouveaux médias comptent plus de cinquante personnes, dirigées par un ancien membre de Yahoo. Nous développons aussi notre activité de conseil pour les annonceurs qui souhaitent atteindre une certaine audience. Là où Google se concentre sur les plus gros annonceurs, nous visitons au moins une fois par an chaque société belge.”

Objectif à long terme de Truvo : faire du numérique sa première source de revenus. “Pour cette année, nous prévoyons que 50% de nos revenus viendront des canaux interactifs”, explique Martine Bayens. “A l’horizon de cinq ans, nous voulons que ce chiffre grimpe à 75%.”

Paru dans La Libre du 5 juin 2010.