Notre pays est à la traîne dans l’e-commerce et le marketing interactif. Deux voix du secteur proposent des remèdes pour redresser la barre.
“Belgium, wake up !” Lors de la dernière conférence de la BMMA (Belgian Marketing & Management Association), Erik Portier (patron de Google Belgique) et Bruno Van Boucq (CEO de la régie Internet Beweb) ont tiré la sonnette d’alarme. Selon les deux orateurs du jour, la Belgique accuse un retard grandissant, et inquiétant, dans le domaine des nouveaux médias. “L’idée de cet exposé est venue d’une constatation assez simple”, explique Bruno Van Boucq. “D’un côté, nous traversons une crise sans précédent et nous avons perdu des milliers d’emplois. De l’autre, les consommateurs belges achètent de plus en plus en ligne, mais ils le font sur des sites internationaux et non sur des sites belges. En conséquence, cet argent n’est pas réinjecté dans notre économie, ce qui crée un cercle vicieux : moins d’exportations, moins de moyens financiers, moins d’emplois créés etc. D’une façon plus générale, nous voulions montrer que la Belgique est désormais à la traîne par rapport à ses voisins alors qu’elle a été auparavant un leader de l’Internet européen. Rappelons-nous qu’au début des années 2000, notre pays était à la pointe quant à l’adoption des connexions à haut débit.”
De fait, les chiffres d’Eurostat sont éloquents : si on regarde le pourcentage d’internautes qui ont fait leurs courses sur le Net en 2008, la Belgique est dans le ventre mou du classement européen aux côtés de la Slovaquie ou de la République Tchèque, alors que les utilisateurs néerlandais ou britanniques sont deux fois plus adeptes du shopping interactif. “Globalement, l’internaute belge est un utilisateur très ‘1.0’ ”, décrit Erik Portier. “Son usage de l’Internet est très passif. Il consomme beaucoup de contenu mais en produit très peu lui-même.”
Alors, à qui la faute de ce décalage ? Selon nos interlocuteurs, les responsabilités sont globales et, une fois n’est pas coutume, n’incombent pas nécessairement aux pouvoirs publics. “Les investissements publicitaires en ligne continuent de plafonner”, souligne Bruno Van Boucq. “On atteint seulement 4,2% de l’ensemble du marché publicitaire belge. Or, tous les secteurs ne présentent pas la même maturité par rapport à la publicité sur Internet. Les budgets dans la grande distribution restent réduits à la portion congrue, tandis que l’Etat belge alloue, dans son ensemble, près de 15% de ses budgets publicitaires dans l’Internet…”
Quels remèdes pour inverser la tendance ? “La fiscalité sur le commerce électronique reste trop élevée”, juge Erik Portier. “L’incitant à ouvrir sa boutique en ligne est faible. Un baisse de la TVA pourrait avoir un effet stimulant. Je crois aussi que les associations professionnelles ont un rôle plus actif à jouer dans la diffusion de la connaissance par rapport aux nouveaux médias. L’Union des Classes Moyennes a récemment lancé une campagne de sensibilisation nommée ‘Jesuisfantastic.be’. C’est un premier pas dans la bonne direction mais il faut aller plus loin.”
Paru dans La Libre du 5 mai 2010.
