Lors de sa présentation la semaine dernière à la BMMA, Arno Otto (directeur commercial de la régie AdLink pour l’Europe) a émis l’idée que “le Net n’est pas un medium” en soi. A l’image de l’électricité, il s’agirait davantage d’un canal par lequel transiteront un jour tous les médias traditionnels lorsqu’ils auront achevé leur mutation vers le numérique. Arno Otto tire notamment deux conséquences de son hypothèse:
- Puisqu’il s’agit avant tout d’un tuyau, Internet n’a apporté aucune véritable innovation dans les formats publicitaires qui ont tous trouvé leur équivalent sur la Toile. Seuls les liens sponsorisés des moteurs de recherche et leur coût au clic forment la seule véritable nouveauté par rapport à l’”ancien” monde.
- Puisque le bannering reste le format dominant (bien que le Search Advertising menace fortement son hégémonie), la presse écrite (dans son acception la plus large) est la grande bénéficiaire de l’irruption de l’Internet au sein de notre consommation médias.
Qu’en pensez-vous?
Bon, j’exagère un peu: l’édition papier conserve son titre mais le site, après seulement quelques mois d’existence, devient actu24.be à la place de VotreJournal.be. La page d’accueil s’est améliorée mais la hiérarchisation de l’information reste assez confuse. En outre, l’éditeur maintient sa stratégie de couper les articles réalisés en production propre par la rédaction (ils n’ont pas osé sabrer dans les dépêches d’agence ;-)…). Je suppose que Vers L’Avenir veut ainsi exorciser le spectre de la (prétendue) cannibalisation de la version papier par l’Internet. Du point de vue de l’expérience de l’utilisateur, l’impact de cette politique est cependant assez négatif et laisse un goût de trop peu. Il s’agit peut-être de l’effet recherché mais je doute personnellement que les internautes, frustrés de ne pouvoir consulter un article dans son ensemble, courront à la librairie du coin acheter le journal pour lire la suite…
VW EscapeTV ferait-il des émules dans la sphère politique? Le MR et le CDH préparent chacun leur chaîne de télévision sur Internet. Je ne sais pas s’il faut rire ou s’effrayer du clip de lancement qu’on peut voir sur MRTV. Ce n’est pas tellement le côté partisan qui me dérange (il y a de toute façon fort à parier que les militants les plus acharnés formeront le gros de l’audience) mais davantage le contenu annoncé. Les présentateurs parlent en effet de “journalisme citoyen” à propos des contributions que les internautes lambda pourront soumettre à la chaîne. Je ne voudrais pas juger expéditivement sans avoir vu le résultat mais il y a tout de même lieu de craindre que lesdits journalistes-citoyens se révéleront des militants libéraux qui auront troqué leurs tracts contre le caméscope familial (cf. Loïc Lemeur et son copain Nicolas Sarkozy). En tout cas, l’usage de l’expression “journaliste citoyen” dans ce contexte trahit la confusion entre information et communication qui règne dans certains esprits.
Au fait, parallèlement à ces réalisations “citoyennes”, qui réalisera le restant du contenu de MRTV? Réponse de Laurent Burton, responsable de la communication au MR, dans Le Soir de mardi dernier: “Ceux qui s’en occuperont, ce seront de jeunes diplômés en journalisme, en sciences politiques. Ils feront de l’information (sic). Mais chacun sait dans quelle pièce il joue.” Je l’espère pour eux…
Note d’intention: cette tribune sur l’affaire “Google vs. Copiepresse” est parue dans le quotidien La Libre Belgique daté de ce samedi 17 février. L’idée de ce billet n’est nullement de condamner l’une ou l’autre partie au procès mais davantage de montrer que cette querelle économique se double d’une question culturelle plus large qu’on ne peut ignorer. Comme nombre de personnes, je suis persuadé que les éditeurs francophones font un mauvais calcul en s’aliénant les services de Google. Mais je comprends également que le dessein presque messianique de ce moteur de recherche, produit d’une certaine vision de notre monde, puisse heurter et effrayer certains.
Au-delà des enjeux économiques (qui renvoient à la légitimité et à l’utilité de l’action des plaignants), l’arrêt « Google vs. Copiepresse » trahit aussi un malaise culturel qui ne cesse de grandir entre les deux rives de l’Atlantique.
Dans son ouvrage « L’autre mondialisation », le sociologue français Dominique Wolton souligne que, loin de combler les distances entre les peuples, les nouveaux réseaux de communication peuvent être des facteurs de tensions nouvelles: dans un monde où tout se sait à la vitesse de la lumière, nos convictions doivent désormais affronter quotidiennement celles de l’Autre dans toutes ses différences culturelles, politiques et sociales. Si on souhaite éviter le fameux choc des civilisations prophétisé par Samuel Huntington, un projet de “cohabitation culturelle” est plus que jamais indispensable à l’échelle planétaire, nous dit Wolton.
Quelle que soit son issue (Google ayant décidé de se pourvoir en appel), cette affaire montre la pertinence de cette analyse. Sous couvert de la performance de ses algorithmes de classement (performance du reste assez perfectible quand on l’examine de près), de son audience massive et de sa puissance économique presque illimitée, Google a cru pouvoir s’approprier le contenu produit par les journaux francophones belges sans demander leur autorisation. Mais notre culture européenne n’est pas disposée à sacrifier aussi brutalement la notion de droit d’auteur sur l’autel d’un progrès technologique qui n’aurait d’autre finalité que lui-même. Google fait ici l’amère expérience que son idéologie techniciste, typique de la Silicon Valley californienne qui l’a vu naître, ne peut s’appliquer à l’ensemble de la planète sans parfois provoquer un sentiment de dépossession, voire d’agression culturelle dans le chef des individus. Résultat : un nombre grandissant d’observateurs commencent à percevoir, à tort ou à raison, ce moteur de recherche comme une icône supplémentaire de la mondialisation qui uniformise les goûts, les couleurs et les idées. On pense à Copiepresse, mais aussi au projet de bibliothèque numérique européenne porté par Jean-Noël Jeanneney, président la Blibliothèque Nationale de France.
Plus profondément, ce différend judiciaire est symptomatique du fossé d’incompréhension qui sépare les médias traditionnels des nouveaux, de leurs difficultés à trouver ensemble un terrain d’entente qui assurera une transition sereine vers un monde où, sous la pression de la numérisation des contenus, les règles du jeu doivent être réinventées. Un beau défi pour les années à venir.
Dans le dernier numéro du magazine IT Professional, Olivia Arend m’interviewe sur le “corporate blogging” et sur la façon dont nous le gérons chez Emakina. Les autres personnes interviewées sont Philippe Borremans (IBM) et Allison Watterson (HP). Téléchargez l’article ici et donnez-moi votre avis dans les commentaires.
Gaetano déplore (avec raison) le manque d’ergonomie de l’interface d’à l’infini, la nouvelle offre en podcasting de Bel RTL. Hier soir, en écoutant “Va y avoir du sport” (l’émission hebdomadaire de la station sur le bilan footballistique du week-end écoulé) sur mon iPod, j’ai constaté que les fichiers eux-mêmes recèlent également leur lot de bizarreries.
Première surprise: le flux du podcast propose deux versions de l’émission, l’une d’entre elles s’arrêtant après 30 minutes alors que le programme entier dure environ une heure. Pourquoi? Aucune idée. Quelqu’un pourrait-il éclairer ma lanterne?
Deuxième surprise: les spots publicitaires. Je n’ai rien contre leur insertion (il faut bien amortir le gros volume de bande passante que mobilise le téléchargement à la demande) mais, sauf erreur de ma part, les séquences dans le fichier que j’ai écouté ne semblaient pas destinées spécifiquement au podcasting. Dès lors, pourquoi diable ne pas préalablement “nettoyer” la bande comme le fait la RTBF radio, d’autant que le lecteur MP3 le plus basique permet désormais de “zapper” facilement la pub?
Troisième surprise: dans le même esprit, Bel RTL ne retire pas non plus les journaux parlés et les points trafic sur l’état de la circulation. Je doute que les auditeurs du podcast éprouvent beaucoup d’intérêt pour des informations périmées depuis plusieurs jours…
D’accord, je chipote et ces scories ne portent pas atteinte à l’émission elle-même. Cette accumulation de petits détails énervants me donne cependant l’impression que Bel RTL considère le podcasting non comme un canal en soi mais davantage comme le recyclage d’un contenu existant par simple copier-coller. Dommage.
Après Time, voilà que Le Soir rejoint à son tour la folie collective qui entoure le Web 2.0, ce paradigme pseudo-scientifique à l’origine de la nouvelle bulle Internet qu’on voit grossir actuellement.
Pour Time, la figure marquante de 2006 n’est autre que… nous. Oui, oui, vous et moi qui publions des billets sur nos blogs, partageons nos photos sur Flickr ou diffusons nos vidéos de vacances sur YouTube. Durant les douze derniers mois, Muhammad Yunus, le banquier des pauvres, a été élu prix Nobel de la paix pour avoir aidé des millions de pauvres à sortir de leur dénuement; Laurent Désiré Kabila a donné une leçon de démocratie à l’Afrique en organisant des élections libres au Congo; Mahmoud Ahmadinejad et King Jong-Il et ont fait trembler la communauté internationale par leurs velléités nucléaires. Mais, selon Time, aucune de ces personnalités ne pouvait apparemment rivaliser avec la montée en puissance de ce nouvel internaute qui crée et échange du contenu en ligne. On aimerait participer à cet enthousiasme pour ce basculement dans le rapport de forces entre pouvoir et citoyen. Il y a pourtant quelque chose de dérangeant, voire démagogique, à mettre ainsi en exergue le surfeur lambda face à la marche du monde. Il ne s’agit pas de remettre en question l’influence (réelle ou potentielle) des outils estampillés « Web 2.0 » sur notre façon de consommer, de nous informer, de nous divertir. Chez Emakina, nos clients en ont d’ailleurs pris acte et commencent à adapter en conséquence leur façon de communiquer avec le consommateur. En revanche, nous devons confronter ce même impact à des mouvements plus profonds qui affectent la planète et la vie quotidienne de ses habitants. Songez simplement au réchauffement climatique ou à la situation politique au Moyen-Orient qui pourrait embraser toute la région.
L’hebdomadaire américain répond cependant que le Web 2.0 modifie “la façon dont nous changeons le monde”. Le problème réside ici dans le “nous”, pronom uniformisant qui renvoie en réalité à une élite mondiale avec le capital culturel et économique suffisant pour exister sur la Toile. Faut-il rappeler qu’une part non négligeable de l’humanité demeure exclue des autoroutes de l’information et n’attend pas le raccordement à l’Internet, mais avant tout des services plus élémentaires comme l’eau potable, l’électricité ou des soins de santé décents? Pour ces damnés de la terre, la couverture de Time risque d’apparaître assez vide de sens. Peut-être l’Internet deviendra-t-il un jour un véritable “cinquième pouvoir” qui permettra aux citoyens de peser davantage sur les inégalités de développement ou sur le débat démocratique à l’échelle mondiale. Pour l’heure, il nous faut toutefois raison garder et conserver un regard lucide quant à cette nébuleuse de nouvelles applications qu’on appelle wikis, blogs, RSS ou podcasts. Comme antidote à la mode “2.0″, pensons aux dérives déjà constatées sur Wikipedia ou au contrôle grandissant de Google sur l’information accessible en ligne.
Reste qu’avec son choix de nous désigner comme personne de l’année, Time a probablement réussi le coup médiatique de cette fin d’année, autant parmi les médias traditionnels qu’au sein de la blogosphère. C’était peut-être, après tout, le seul objectif de ce magazine: faire du bruit chez les internautes. Chez “nous”.
A lire aussi, le billet de Cédric Godart sur ce même sujet.
Dans L’Echo du 19 décembre, Cécile Berthaud m’a demandé mon opinion sur les marketeers qui prennent les blogueurs comme nouvelle cible de leurs campagnes promotionnelles. J’y souligne notamment qu’au-delà de l’effet de mode, la blogosphère ne représente dans le fond qu’une fraction de l’ensemble des internautes. Pour les professionnels de la communication, il s’agit certes d’un canal puissant mais qui ne remplace nullement ceux déjà existants sur le Net. Découvrez ici l’article en PDF.
L’autre personne interviewée est Cédric Godart, animateur de l’émission PureBlog sur PureFM, qui parle de la manipulation des bloggers par les marques. De ma propre expérience (à la fois comme proie et chasseur dans la blogosphère), je suis moins catégorique que lui: certains auteurs de blog sont bien entendu assez influençables, on constate parfois des dérives malheureuses mais, globalement, beaucoup de blogueurs sont de véritables passionnés qui s’efforcent de préserver leur indépendance d’esprit et se méfient des opérations de communication (voir le post de Fred Cavazza à ce sujet. Même si je n’irais pas jusqu’à dire, comme certains thuriféraires du Web 2.0, que les blogueurs amateurs sont plus intègres que les journalistes professionnels…
La semaine dernière, François Le Hodey, patron du groupe IPM (qui édite entre autres les quotidiens La Libre Belgique et La Dernière Heure) était l’invité de la Belgian Management & Marketing Association pour expliquer sa vision du métier d’éditeur de presse à l’heure de la convergence.
C’est l’occasion que j’ai choisie pour tester le nouveau micro de mon iPod 5.5G et enregistrer l’ensemble de son exposé. Découvrez-le ci-dessous en podcast (OK, le son est assez médiocre mais reste toutefois écoutable). Pour ceux que le conflit “Google vs. éditeurs francophones” intéresse, les commentaires de François Le Hodey à propos de cette affaire se trouvent vers 1740 sur le player.
Les sympathiques personnes de Oneweb et Extenseo m’informent d’un nouvel événement baptisé @peroNet. Objectif: rassembler des professionnels “actifs dans la communication, les médias, la publicité et bien sûr le Net”. Première édition le 9 novembre à l’Oeno.tk de 19.00 à 23.00. Plus d’infos sur le site officiel.