Le moteur de recherche propose un outil qui permet de suivre quotidiennement la propagation des épidémies de grippe. Mais les internautes n’ont aucun droit de regard sur la méthodologie.
Repérer les foyers de grippe grâce aux recherches des internautes : c’est, en résumé, l’objectif de « Google Flu Trends » que Google vient de lancer dans neuf pays européens, dont la Belgique. Grâce à cet outil, déjà en activité aux Etats-Unis, le moteur de recherche entend fournir des « tendances sur l’évolution de la grippe sur une base quotidienne », explique Yossi Matias, un expert de la société de Mountain View.
Concrètement, Google réalise cette veille en croisant deux types d’informations : les millions de recherches formulées par les utilisateurs au sujet de la grippe et, d’autre part, les « donnés de surveillance » que récoltent les pouvoirs publics dan chaque pays. Selon Google, cette combinaison permet de détecter la grippe avec deux ou trois semaines d’avance sur les autres enquêtes sanitaires à l’approche plus traditionnelle. « Il y a un décalage entre le moment où un malade s’informe sur le Net et celui où il visite son médecin, explique-t-on chez Google. Mais nous ne cherchons pas à remplacer la surveillance traditionnelle par les autorités sanitaires ».
Si « Google Flu Trends » est une nouvelle démonstration de la puissance de calcul que possède le géant californien, on émettra néanmoins deux réserves quant à sa méthodologie. Primo, l’éventail de mots-clés sélectionnés est un élément critique de ce type d’étude : il s’agit de dissocier les requêtes à but informatif (« je me renseigne sur la grippe par curiosité ») de celle avec une finalité véritablement médicale (« j’ai des symptômes inquiétants et je veux en savoir plus »). Dans cette perspective, « le mot-clé ‘grippe’ n’est probablement pas le meilleur choix », illustre Yossi Matias. Or, Google refuse de dévoiler ce thésaurus car cette divulgation pourrait « corrompre les résultats », déclare notre interlocuteur. Dans ces conditions, on est confronté à une boîte noire qui empêche de vérifier totalement la pertinence de la démarche.
Le deuxième écueil est lié au principe même de « Google Flu Trends » : la fracture numérique exclut de ses statistiques de nombreux individus qui ne sont pas en ligne ou n’utilisent pas l’Internet pour s’informer sur les pathologies. Un aspect non négligeable quand on sait qu’en Wallonie, pas moins de 42% des ménages ne disposent pas d’une connexion Internet selon la plus récente enquête effectuée par l’Institut National de Statistiques. Google reste malheureusement assez évasif sur le correctif apporté à ce biais et se limite à dire que « les données sont agrégées au niveau national ».
En somme, « Google Flu Trends » est une sorte de thermomètre géant. Mais on ne sait pas exactement comment monte le mercure…
Paru dans La Libre du 13 octobre 2009.
