Laurent Jacob a vendu sa startup à Lagardère pour 74 millions d’euros. Son nouveau bébé : Groupolitan, site de « social shopping ».
« Ma carrière est surtout le fruit d’opportunités. » Même si son compteur personnel affiche déjà la création plusieurs startups Internet, Laurent Jacob ne cherche pas à s’inventer une vocation de créateur d’entreprise. De son propre aveu, la Bourse a d’ailleurs joué un rôle plus décisif que le Net dans son parcours professionnel.
Au milieu des années 90, ce Français, diplômé d’une école de commerce, travaille pour… Opportunités, une lettre d’informations qui délivre des conseils en placement aux investisseurs. « Nous avions 4.000 abonnés pour une souscription annuelle de 300 euros. C’était assez rentable. Mais je gagnais déjà plus d’argent en jouant sur les marchés financiers qu’en travaillant. » A l’époque, le Net est encore dans une phase préhistorique et le Minitel est le paradigme dominant outre-Quiévrain. Pourtant, certains esprits avant-gardistes comprennent que le réseau va bouleverser certaines activités, y compris celle de boursicoteur. « Un site nommé TheStreet.com venait de naître aux Etats-Unis. J’ai eu l’idée de lancer quelque chose d’équivalent en France. » Le site Boursier.com voit le jour et doit rapidement affronter la compétition d’une trentaine de concurrents qui lorgnent également le portefeuille des investisseurs. « C’était un véritable saut dans l’inconnu », explique Laurent Jacob. « Pour la première fois dans l’histoire, l’explosion de l’audience sur un medium ne s’accompagnait pas d’une hausse des recettes publicitaires. Il fallait inventer un modèle économique inédit. » Un exercice que Boursier.com réussira avec succès en mélangeant annonces publicitaires, revente de contenu et abonnements à des informations à forte valeur ajoutée pour les internautes qui suivent de près les marchés financiers.
En 2005, nouvelle étape : Boursier.com fusionne avec le site d’information sportive Newsport pour créer Newsweb, groupe média sur Internet et spécialisé dans la cible masculine. « Les femmes se définissent d’abord par leur féminité, alors que les hommes se reconnaissent à travers leurs centres d’intérêt », expose notre interlocuteur. « En rassemblent nos deux activités, nous avions accès à de nouveaux budgets publicitaires grâce à l’audience massive que nous représentions. » La greffe prend et s’achève un an plus tard par le rachat de Newsweb par le groupe Lagardère pour le joli montant de 74 millions d’euros.
Laurent Jacob quitte alors Newsweb et prend quelques années sabbatiques pendant lesquelles il devient… professeur de krav maga, méthode d’auto-défense que pratique notamment l’armée israélienne. Durant cette période, il s’installe à Bruxelles, terre d’asile des Français qui ont transformé le Thalys Bruxelles-Paris en « boat people » de luxe pour réfugiés fiscaux. Avec deux amis français qui ont également élu domicile dans notre capitale, il lance en mai dernier Groupolitan, startup active dans le « social shopping » ou achat groupé qui utilise les réseaux sociaux comme levier pour réunir des acheteurs autour d’une même « bonne affaire » (menus de restaurant, soins esthétiques…).
« La croissance est impressionnante », souligne notre interlocuteur. « Nous avons six mois d’avance sur le ‘business plan’ initial et nous recrutons chaque jour plus de mille nouveaux utilisateurs. C’est vraiment un projet sympa. Les commerçants sont ravis de gagner de nouveaux clients et les acheteurs ont l’occasion de se livrer à une activité qu’ils ne feraient peut-être pas habituellement. » Son objectif ? « Grandir le plus vite possible. La course est encore très ouverte entre les différents acteurs qui ont investi ce créneau. En fait, j’aime créer une entreprise et porter son développement. Quand l’activité devient mature, je suis moins captivé… »
Si la Belgique a été le marché-test pour cette nouvelle aventure, Groupolitan est déjà implanté aux Pays-Bas et en France. Un joli démarrage, malheureusement endeuillé par le décès d’un des associés, Stéphane Cordier, emporté en début d’année par une crise cardiaque que rien ne laissait présager. « J’étais très proche de lui. Son départ nous a bouleversés. » Le bébé Groupolitan est aujourd’hui orphelin d’un de ses géniteurs. La vie d’une startup est rarement un long fleuve tranquille.
Vous avez dit « Social Shopping » ?
Le « social shopping » est une variante de l’achat groupé sur Internet et consiste à utiliser les réseaux sociaux pour écouler rapidement des offres promotionnelles, le plus souvent chez des commerçants locaux. Concrètement, les sites de « social shopping » proposent des bonnes affaires (restaurants à moitié prix, places de cinéma bradées etc.) que les internautes intéressés se chargent ensuite de relayer vers leur entourage, notamment via Facebook et consorts. Si le seuil de clients qui ont marqué leur intention d’achat est atteint dans un certain délai, l’affaire est conclue avec le commerçant.
En quelques années, le “Social Shopping” a connu une croissance fulgurante. Leader mondial dans ce domaine, la société américaine Groupon est valorisée aujourd’hui à quelque 15 milliards de dollars même si ses pratiques commerciales sont décriées par les organismes de défense des consommateurs.
Avatar du commerce électronique sous amphétamines, le “Social Shopping” attise également l’appétit des géants de l’Internet. Facebook a ainsi lancé les “Facebook Deals”, basés sur votre localisation géographique, tandis que Google prépare sa propre plate-forme… faute d’avoir pu mettre la main sur Groupon malgré une offre à quelque 6 milliards de dollars. Social Shopping is Big Business !
Première parution dans La Libre, avril 2011. Depuis, le Groupe Rossel a pris une participation majoritaire à hauteur de 68% dans Groupolitan.
