L’Internet sort sa première BD

Grâce aux dons des internautes, le site Sandawe éditera le prochain album de Jean-Marc Allais Serge Perrotin. Une première dans le monde de la bande dessinée franco-belge.

Sandawe a gagné son pari. Vendredi dernier vers 22h, ce site Internet a récolté l’ultime micro-contribution qui lui permettra d’éditer le premier album de bande dessinée franco-belge financé entièrement par les internautes. Les heureux lauréats se nomment Jean-Marc Allais et Serge Perrotin, deux auteurs qui peuvent désormais se concentrer sur la production d’ « Il Pennello », un récit fantastique que les lecteurs pourront découvrir en librairies d’ici quelques mois.

Lancé au début de cette année, Sandawe est une initiative de Patrick Pinchart, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Spirou. « L’idée était de créer une plate-forme d’édition communautaire où des fans de BD peuvent soutenir la création de nouveaux albums en y investissant eux-mêmes leurs deniers », explique-t-il. « Chaque ‘édinaute’ peut participer en apportant au moins dix euros à la somme totale qui doit être réunie avant la fabrication de l’album ne puisse commencer. » Dans le cas d’« Il Pennello », il s’agissait d’engranger quelque 36.000 euros, une barre qui a été franchie en cinq mois grâce aux dons de 260 édinautes qui ont versé, en moyenne, 138 euros.

Baptisé « crowdfunding », ce principe-moteur, n’est pas neuf et fonctionne déjà sur la scène musicale où un site belge comme Aka Music produit des artistes depuis mars 2008 grâce à l’apport financier de sa communauté. Dans le monde de la bande dessinée, il s’agit en revanche d’une véritable première qui répond, selon Patrick Pinchart, à un véritable appel d’air. « Chaque année, le marché de la bande dessinée accueille près 5.000 nouveaux albums, publiés par une poignée de grands éditeurs. Dans cette pléthore de titres, les jeunes auteurs ont peu de chance de se distinguer et d’attirer l’attention du public. Avec Sandawe, ils peuvent trouver un nouveau moyen pour financer leurs livres, mais aussi pour en assurer la promotion grâce au bouche-à-oreille propre à Internet. Pour un libraire, il est rassurant de mettre en avant une nouveauté qui a déjà été plébiscitée par des centaines d’internautes. »

Sandawe ne se contente toutefois pas d’être une caisse enregistreuse et veut tisser des liens privilégiés entre l’auteur et ses mécènes : lorsqu’un album boucle son financement, chaque contributeur recevra ensuite des cadeaux (ouvrage dédicacé, ex libris…) d’une valeur proportionnelle à son investissement dans le projet. Un espace « VIP » permettra en outre de suivre en exclusivité l’élaboration de l’album.

En coulisses, le modèle économique de Sandawe repose sur deux sources de revenus : la commission sur chaque budget complété et les éventuels bénéfices générés par les albums. « Nous partagerons 60% des recettes avec les édinautes », souligne Lionel Camus, directeur financier de Sandawe. « Pour devenir rentables, nous devons vendre entre 5 et 15 albums par an, sachant que les moyens financiers nécessaires ainsi que les retombées commerciales potentielles varient selon les projets. » Développée sur fonds propres, la société recherche actuellement de nouveaux investisseurs et espère boucler sa première levée de fonds pour la rentrée.

Paru dans La Libre du 15 juin 2010.



Unilever séduit les femmes avec Yunomi

La communauté en ligne Yunomi cartonne dans le Benelux. La Libre Belgique a obtenu en exclusivité les chiffres de ce succès.

Par les femmes, pour les femmes. C’est, en résumé, le principe de Yunomi, un site lancé voici un an par Unilever, géant mondial des produits de grande consommation (Solo, Calvé, Coral…). Objectif : « Offrir aux utilisatrices, simplement et chaque jour, un moment à soi », explique Christel Vereecken, Multibrand Project Manager. « Aujourd’hui une femme est épouse maman, collègue, amie… et doit jongler avec ces multiples rôles. Nous voulons lui montrer que son cas n’est pas unique mais vécu par des milliers d’autres femmes.» Yunomi propose ainsi des forums de discussion, mais aussi des articles pratiques, des recettes de cuisine ou des portraits de femmes, ce contenu étant rédigé par des rédactrices spécialisées, mais aussi par les membres de la communauté elles-mêmes. Certaines actions sur Yunomi (poster un commentaire, ouvrir la newsletter…) rapportent en outre des « nomis », c’est-à-dire des points de fidélité qui pourront ensuite s’échanger contre des cadeaux.

Un an après le lancement officiel, les chiffres sont impressionnants. Yunomi a réuni, en douze mois, quelque 4,8 millions de visiteurs uniques dans l’ensemble du Benelux, pour 240.000 membres enregistrés. Côté participation, un critère crucial pour évaluer le succès d’une communauté, les résultats sont à la hauteur du trafic : 125.000 articles, 60.000 recettes et 2,2 millions de commentaires publiés par les membres.

Sur base de ces statistiques, on peut dire qu’Unilever a réussi à créer une véritable communauté là où d’autres annonceurs (Fortis, Thalys et Eurostar…) ont échoué dans le même exercice. L’honnêteté commande toutefois de dire qu’Unilever ne partait pas d’une feuille blanche puisque Yunomi a remplacé deux autres programmes du même type, « Life’n’cooking » aux Pays-Bas et « 100 façons » en Belgique. « Nous sommes étonnés par ce succès », confesse Christel Vereecken. Un engouement qui a conduit Unilever à lancer récemment un véritable magazine papier issu des contributions des utilisatrices sur le site. « Nous réfléchissons aussi à amener Yunomi sur d’autres canaux comme l’iPhone. Des membres nous demandent même d’organiser des événements dans le monde réel où elles pourraient se retrouver. »

Pour Unilever, Yunomi est une façon de répondre au comportement actuel des consommateurs et à leur immunisation grandissante aux canaux publicitaires traditionnels. Les ménagères entre 30 et 50 ans n’échappent à ce phénomène. Pour atteindre ce groupe-cible plus volatile et plus informé (effet Google oblige) qu’auparavant, les marques cherchent à tisser de nouveaux liens en lui apportant une véritable valeur ajoutée dans la vie quotidienne.

Dans un dessein plus large encore, Yunomi permet à Unilever de s’adresser directement aux femmes responsables de l’achat dans un foyer sans passer par la case de la grande distribution. Bien que la société s’en défende, cette démarche n’est pas anodine après le conflit qui a opposé Unilever à la chaîne Delhaize il y a quelques mois.

Last but not least, Yunomi s’intègre dans une stratégie plus globale qui vise à rendre Unilever plus visible auprès des consommateurs. « Auparavant, Unilever était un conglomérat de différentes marques », explique Aurélie Ghert, Public Affairs & Media Relations Manager Belgium. « Nous voulons qu’à moyen terme, le consommateur connaisse Unilever comme une sorte de label de qualité qui possède différentes marques sous son ombrelle. Cette approche nous permettra aussi de mettre en avant des aspects méconnus de nos activités comme notre engagement pour le développement durable. »

Publié dans La Libre du 25 juin 2010.



MIMS et OmniPro rendent l’hôpital plus efficace

Depuis 13 ans, cette PME liégeoise développe OmniPro, un logiciel spécifiquement conçu pour le secteur médical.

Vous avez dû récemment séjourner dans un hôpital ? Sans le savoir, vous êtes probablement passé entre les mains d’OmniPro, un programme informatique réalisé par MIMS. Née en 1997, cette PME liégeoise conçoit un logiciel qui aide les institutions de soins à optimiser et automatiser leur fonctionnement : dossier médical, planning des infirmières, prescription des médicaments, gestion des lits et des repas…

“Initialement, l’objectif était d’informatiser le dossier médical qui demeurait, à l’époque, un document sur papier”, explique Dominique Bastille, co-fondateur de MIMS. “Nous souhaitions fournir un outil adapté au travail du médecin, mais aussi capable de distribuer l’information vers les autres acteurs de terrain comme les infirmiers ou le médecin traitant. A mesure que nous avons développé le logiciel, nous avons commencé à toucher au restant de l’organisation de l’hôpital, depuis le premier rendez-vous du patient jusqu’à sa sortie, de sorte à automatiser toutes les étapes de son parcours. Cette démarche comprend aussi le travail de l’infirmière et de tous les spécialistes qui peuvent intervenir lors d’un séjour en milieu hospitalier.”

Selon notre intelocuteur, les obstacles ont été autant culturels que technologiques, le secteur médical n’étant pas épargné par la peur du changement. “Quand avons démarré, le milieu hospitalier était encore fort cloisonné. Il arrivait par exemple que deux médecins au sein d’un même service ne partagent pas entre eux l’information sur un même patient. En outre, les procédures n’étaient pas toujours harmonisées, le patient pouvait recevoir un traitement différent selon son interlocuteur. L’informatisation des hôpitaux a contribué à uniformiser ce qu’on appelle les “itinéraires clinique” dans le jargon professionnel, mais aussi à délester les infirmières de certaines tâches administratives, d’autant que la loi leur impose de consigner scrupuleusement l’historique de toutes leurs actions.”

Déjà présente dans 23 hôpitaux en Wallonie et quelque 600 cabinets privés, MIMS commence à mettre le nez à la fenêtre sur le marché français où elle a conquis son premier client avec l’hôpital Foch. La société vient également de s’implanter de l’autre côté de la frontière linguistique. “Jusqu’à présent, nous nous sommes développés via le bouche à oreille”, souligne Dominique Bastille. “L’avenir passe par une démarche commerciale plus active afin de grandir à l’international.”

Publié dans La Libre du 12 juin 2010.



Les réseaux sous-marins de Citymesh

Cette société brugeoise fournit sa technologie sans fil à BP dans la lutte contre la marée noire dans le Golfe du Mexique.

Au large de la Louisiane, le combat continue contre le « 11-Septembre écologique », selon les mots du président Obama. Au cœur de cette opération, la société belge Citymesh joue un rôle non négligeable en délivrant, en temps réel, les images de la fuite de pétrole à tous les acteurs (garde-côtes, sécurité intérieure etc.).

« Quatre bateaux équipés chacun d’un robot sous-marin naviguent dans le périmètre de la plate-forme de forage », explique Vincent Grymonprez, CEO de Rigmesh, filiale américaine de Citymesh. « Ces robots sont dotés de caméras qui filment la fuite de pétrole jusqu’à 1.500 mètres sous le niveau de la mer. La technologie sans fil que nous avons conçue transmet simultanément les images de toutes les caméras dans une chambre de contrôle installée dans un bateau voisin. Les images sont ensuite acheminées via satellite ou fibre optique vers les serveurs informatiques de Citymesh à Diegem, dans la périphérie bruxelloise. Nous plaçons ensuite les vidéos sur un site web sécurisé auquel seules les équipes autorisées peuvent accéder. De la sorte, les spécialistes peuvent suivre pas à pas l’évolution de la situation et prendre des décisions sans devoir être tous réunis sur le théâtre des opérations. »

Mais comment un géant comme BP en est-il venu à adopter le savoir-faire d’une petite entreprise brugeoise ? « Notre technologie sans fil à ceci d’unique qu’elle transforme les différents bateaux en une véritable toile où chaque navire est à la fois un émetteur et un maillon du réseau global, ce qui permet de transmettre rapidement des images de haute qualité. »

Fondée en 2006, Citymesh est présente dans les activités « offshore » depuis fin 2007. Chez nous, Citymesh a déjà installé de nombreux réseaux sans fil pour des halls d’exposition ou des villes flamandes qui souhaitent, par exemple, renforcer la surveillance lors de grands événements sportifs. Pour cette année, la société prévoit un chiffre d’affaires qui avoisinera 1,7 million d’euros.

Publié dans La Libre du 19 juin 2010.



8Seconds rend l’e-mail plus convaincant

Cette jeune société flamande a conçu une solution technologique qui permet d’optimiser aisément l’impact des messages électroniques.

Chaque année, les entreprises envoient des milliers, voire des millions d’e-mails commerciaux à leurs clients et prospects. Mais comment savoir si le contenu de ces messages est réellement pertinent par rapport à la cible ? C’est à cette question que tente de répondre 8Seconds, une start-up anversoise spécialisée dans l’optimisation des campagnes par e-mail. « Notre plate-forme permet d’envoyer un même message formaté de différentes façons à une fraction de la base de données globale qui doit recevoir l’e-mail », résume Pieter Wuyts, Account Director. « Grâce au retour enregistré sur ce segment restreint de destinataires, on peut déterminer les versions qui engendrent les meilleurs résultats en termes d’ouverture du message, de clic sur les liens, d’achat sur le site… »

Techniquement, la solution de 8Seconds est assez simple à comprendre. Un e-mail commercial se compose généralement d’une ou plusieurs images stockées sur un serveur externe. Lorsque l’internaute ouvre le message, le code-source de l’e-mail « appelle » ces images et les affiche dans le navigateur ou le logiciel de messagerie. 8Seconds se glisse au milieu de ce flux et joue le rôle de tampon entre l’e-mail et le véritable lieu où sont hébergées les images. « De la sorte, nous pouvons filtrer les résultats et retenir les éléments qui ont le plus séduit les destinataires », continue Pieter Wuyts. « L’annonceur peut ainsi récolter des informations sur les préférences de ses clients. Par exemple, quel type de photo faut-il utiliser dans l’e-mail ? Quel est le prix que le consommateur juge acceptable pour un certain produit ? Au fil des campagnes, on peut ainsi apprendre à mieux connaître un groupe-cible par expérience cumulative. »

Et notre interlocuteur de citer une campagne pour Sunparks où pas moins de seize gabarits de messages ont été testés sur un échantillon de 10.000 destinataires. A la clé : un taux de transformation internaute/client qui a grimpé de… 830% par rapport aux chiffres habituels.

Lancée fin 2008, 8Seconds a déjà ouvert un bureau aux Etats-Unis pour commercialiser leur bébé outre-Atlantique. Ses fondateurs affirment également que leur solution technologique susciterait l’intérêt d’investisseurs internationaux.

Paru dans La Libre du 22 mars.



50% des internautes belges sur Facebook

Le réseau social est devenu un phénomène de masse et un reflet troublant de notre société.

3,5 millions. C’est le nombre de surfeurs belges qui ont déjà créé un profil sur Facebook, le leader mondial des réseaux sociaux. Si on se réfère aux statistiques officielles d’Eurostat ou de l’ITU (International Telecommunication Union), cela signifie qu’un surfeur belge sur deux est membre de cette plate-forme. Aucun autre service Internet n’a probablement connu une croissance aussi fulgurante dans notre pays. En terme de taux de pénétration, la Belgique se place ainsi devant la France (45,96% de la population connectée), les Pays-Bas (18,5%) ou l’Allemagne (17,28%). En revanche, elle se classe derrière la Grande-Bretagne (62,8%), l’Italie (57,73%) ou l’Irlande (66,56%), selon le site Check Facebook qui s’amuse à collecter ces données pour la quasi-totalité des Etats de la planète.

A quoi ressemble la population belge inscrite sur le plus grand des réseaux sociaux ? L’outil publicitaire de Facebook, qui permet au tout-venant de créer un message promotionnel et de l’adresser à un groupe-cible taillé sur mesure, renferme une mine d’indications socio-démographiques à ce sujet.

Les jeunes adultes en force. Sans véritable surprise, les 18-34 forment 52,7% de l’ensemble des membres belges. Un chiffre qui renvoie aux racines historiques de Facebook qui a été conçu, à l’origine, comme une sorte d’annuaire géant pour les campus américains.

Une copie (presque) conforme de la société belge. Côté groupes linguistiques, Facebook recense 42% de francophones pour 58% de néerlandophones. Et les autres langues ? Un cercle restreint de 2.000 Belges pratiquent l’Arabe, contre 350.000 qui se disent familiers avec l’anglais. Quant au niveau d’instruction, Facebook ne fournit guère de renseignements détaillés sur le parcours scolaire de ses membres. Sur la cible des “25+”, on apprend cependant que 174.000 Belges (dont 48% de femmes) affirment posséder un diplôme de niveau universitaire, soit 8,2% de cette tranche d’âge et… autant que dans la population belge dans sa globalité.

Hommes et femmes à parité, célibataires en minorité. Les deux sexes sont présents quasiment à égalité sur Facebook, les hommes ne dépassant les femmes que de 19.000 unités. Plus surprenant : si on examine le segment des “18+”, les membres qui se déclarent “célibataires” ne représentent qu’environ 425.000 personnes, soit 14,65% de cet échantillon. Une proportion qui brise, d’une certaine façon, l’image de repaire pour âme en peine qui colle parfois à Facebook. Tout profit pour des sites de rencontres comme Rendez-Vous ou Meetic ? En outre, Facebook ne compte “que” 140 Belges ayant indiqué la prostitution parmi leurs centres d’intérêt.

Sexe et foot devant la politique. Dernier détail piquant, 9.860 petits coquins ont placé le “sexe” dans leurs hobbies, tandis que 60.720 disent aimer le football. A comparer avec les… 4.500 internautes qui affichent des affinités avec la politique.

Attention, ces statistiques sont considérées comme “approximatives” par Facebook lui-même et doivent donc être prises avec le recul nécessaire. Elles montrent néanmoins que Facebook est devenu aujourd’hui un véritable phénomène de masse qui brasse toutes les strates de notre société. Pour cette raison, il y a fort à parier que ce réseau social sera, avec Apple et Google, un des trois grands acteurs qui vont dominer l’Internet dans les dix prochaines années. Et influer profondément sur la façon dont nous communiquons avec les autres.

Paru dans La Libre du 12 juin 2010.



Truvo, du papier au numérique

Face à la montée des nouveaux médias, l’éditeur des Pages d’Or doit revoir en profondeur son modèle économique.

Et si les annuaires sur papier disparaissaient un jour? Chez Truvo, éditeur de l’annuaire des Pages d’Or, cette hypothèse n’est plus un tabou. Une récente étude d’InSites Consulting pointait d’ailleurs que l’usage de l’annuaire est en chute libre lorsqu’il s’agit de trouver le numéro de téléphone d’un fleuriste ou d’un déménageur. Tout profit pour les moteurs de recherche, Google en tête.

Obligée de se transformer, Truvo doit gérer une double temporalité. A court terme, l’entreprise peut vivre de son annuaire, activité que demeure extrêmement rentable avec des marges bénéficiaires plutôt confortables. A plus longue échéance, la société sait qu’elle doit revoir son modèle économique, sous peine d’être balayée par la vague numérique qui a changé les règles du jeu. D’un côté, Google continue, jour après jour, d’indexer l’information en ligne et de court-circuiter les anciens fournisseurs de renseignements de proximité. De l’autre, les Pages d’Or doivent désormais affronter la concurrence de sites web et communautés comme Resto.be, Le Petit Moutard ou CityPlug. Des acteurs “Internet-native” plus souples, plus flexibles et qui profitent d’ailleurs de l’éco-système du même Google pour développer leur audience de façon exponentielle.

Truvo a donc entamé une “longue marche” vers le numérique. Sur le devant de la scène, la société investit massivement dans son site Internet et vient de lancer une nouvelle application iPhone. “Notre objectif est d’atteindre le consommateur à travers un maximum de canaux”, explique Martine Bayens, CEO. “Nous nous positionnons aujourd’hui comme un fournisseur de trafic pour les entreprises grâce à la qualité de notre contenu local.”

En coulisses, Truvo a signé des partenariats en rafale avec de grands acteurs de l’Internet comme Microsoft, le réseau social Netlog ou la régie Internet Beweb. On notera aussi que Pierre Gatz, Chief Technical Officer de la société, est récemment entré au Conseil d’Administration de l’agence interactive Emakina. Enfin, Truvo reste à l’affût d’acquisitions à effectuer. Selon nos informations, l’éditeur des Pages d’Or était ainsi candidat au rachat de l’agence de référencement Extenseo (aujourd’hui iProspect Belgium) lors de sa mise en vente au dernier trimestre 2007.

Pour Truvo, le défi de l’Internet est aussi interne. “Les commerciaux de la société ont été habitués à vendre des espaces publicitaires sur un marché où Truvo n’avait quasiment pas pas de rivaux”, explique un ancien employé. “Nous investissons beaucoup dans la formation de notre personnel”, répond Martine Bayens. “Notre équipe nouveaux médias comptent plus de cinquante personnes, dirigées par un ancien membre de Yahoo. Nous développons aussi notre activité de conseil pour les annonceurs qui souhaitent atteindre une certaine audience. Là où Google se concentre sur les plus gros annonceurs, nous visitons au moins une fois par an chaque société belge.”

Objectif à long terme de Truvo : faire du numérique sa première source de revenus. “Pour cette année, nous prévoyons que 50% de nos revenus viendront des canaux interactifs”, explique Martine Bayens. “A l’horizon de cinq ans, nous voulons que ce chiffre grimpe à 75%.”

Paru dans La Libre du 5 juin 2010.



La pub en ligne progresse malgré la crise

Les investissements publicitaires sur le Net ont augmenté en 2009. Certains secteurs restent toutefois à la traîne.

La récession économique a-t-elle dopé les budgets publicitaires alloués à l’Internet ? La satisfaction est en tout cas le sentiment dominant au sein de l’IAB (Interactive Advertising Bureau), association qui représente les professionnels belges du marketing interactif. Alors que recettes engrangées par les autres médias stagnent ou s’avèrent en très légère hausse, le Net s’est détaché du peloton en 2009 avec une croissance de 9% des investissements par rapport à l’année précédente, pour un chiffre d’affaires total qui avoisine les 130 millions d’euros en ligne. Ces chiffres sont issus de l’étude CIM MDB qui mesure la “pression” publicitaire sur le marché belge en s’appuyant sur les tarifs “bruts” des régies (c’est-à-dire hors des inévitables négociations avec l’annonceur ou son représentant).

Constatation la plus frappante : même si les nouveaux médias occupent une place grandissante dans la vie des consommateurs, il demeure des disparités fortes selon l’activité des annonceurs, lesquels n’ont pas tous adopté l’Internet avec la même ferveur. “Les services, le transport, les télécoms ou l’énergie semblent mieux percevoir le potentiel de la publicité interactive”, observe Stéphanie Radochitzki, Country Manager de Havas Digital Belgium et administratrice d’IAB Belgium, “alors que des secteurs comme la santé, la beauté, l’habillement ou l’alimentation ne l’ont pas encore véritablement appréhendé. On peut s’étonner, par exemple, qu’un acteur comme Coca-Cola ne consacre que 1,4% de son budget publicitaire à Internet. À l’opposé, on trouve un Ikea qui, lui, frôle déjà les 10%.” Même dans les secteurs réputés “à la pointe”, des écarts persistent. Exemple emblématique, celui du monde bancaire où le fossé est béant entre Citibank et la Banque de La Poste, deux acteurs qui dédient respectivement 24,5% et… 0,1% de leurs enveloppes aux nouveaux médias.

De telles polarisations expliquent probablement pourquoi le Net ne recueille, au final, que 4,2% de l’ensemble de la manne publicitaire qui s’est déversée sur la Belgique l’an dernier. Ce dernier chiffre est toutefois à prendre avec recul : l’étude CIM MDB ne couvre en effet que le marché dit “structuré” qui transite par les régies Internet. Autrement dit, on ne parle ici que d’une fraction du budget global qu’un annonceur alloue au numérique. En outre, des protagonistes majeurs ne participent pas à l’enquête, à l’image d’un Google qui veille jalousement sur ses propres résultats. Dès lors, quand un annonceur rénove son site web, sort une application iPhone ou achète des liens publicitaires directement chez Google, ces budgets ne sont pas comptabilisés dans cet exercice. Voilà pourquoi cette hausse de 9% est, paradoxalement, une… sous-estimation de la probable mutation qui s’opère aujourd’hui dans de nombreuses entreprises belges. On attend donc encore une étude qui dévoilerait cette (immense) partie immergée de l’iceberg.

Paru dans La Libre du 2 juin 2010.



Le rêve américain de Beebole

Paru dans La Libre du 20 mai 2010.

Beebole sera-t-il la nouvelle « success story » de l’Internet wallon ? En tout cas, le projet a réussi à capter l’intérêt du géant de la recherche en ligne Google. L’idée de Beebole est à la fois simple et abstraite : créer une plate-forme 100% Internet qui permet de centraliser, en une seule interface, l’ensemble des outils que les employés d’une entreprise utilisent quotidiennement (bureautique, notes de frais, gestion de la relation client, planning des tâches…). « Lorsqu’une entreprise déploie une solution de gestion, des milliers d’heures sont consacrées à la configuration et au paramétrage car chaque société est différente », explique Yves Hiernaux, un des fondateurs. « Beebole entend simplifier cette tâche, particulièrement pour les PME qui n’ont pas souvent les moyens pour financer ce type de projet. »

Pour mettre en œuvre son modèle technologique, Beebole surfe sur une tendance profonde qui voit les principaux acteurs du web ouvrir progressivement leurs données à des développeurs externes : des sites comme Amazon, eBay, Google… deviennent de gigantesques réservoirs d’informations dont chacun peut librement s’emparer pour inventer de nouvelles applications dérivées. « Nous avons envoyé à Google une vidéo de démonstration qui expliquait comment sa suite bureautique Google Apps peut s’intégrer au sein de Beebole », continue Yves Hiernaux. Quelques semaines plus tard, l’équipe reçoit une invitation du moteur de recherche pour venir présenter Beebole lors de la Google I/O, un événement international où, pendant plusieurs jours, Google réunit la crème du développement web à l’échelle mondiale. « C’est assez impressionnant de figurer dans le même programme que des géants comme HP, Cisco, Amazon, eBay… »

Financée pour l’instant sur fonds propres ainsi qu’avec une avance récupérable de la Région wallonne, Beebole souhaite passer à la vitesse supérieure et cherche des investisseurs. « A court terme, nous n’avons pas besoin de capital supplémentaire. A plus longue échéance, nous aurons besoin d’un ou deux millions pour développer le marketing et les ventes dans quatre ou cinq pays cibles que nous avons identifiés. »



1ME veut financer les start-up de demain

Ce nouveau fonds d’investissement compte aider les « jeunes pousses » de l’Internet à démarrer leur activité. La société Click2CallVision est la première à rejoindre son giron.

Alain Mbange a encore faim de projets. Fin 2008, ce « serial entrepreneur » liégeois revendait son agence interactive Barnes & Richardson aux Français d’Emailvision. « J’ai alors décidé de prendre un peu de recul et de réfléchir à de nouveaux modèles d’investissement dans des entreprises innovantes », explique-t-il. « Une connaissance a attiré mon attention sur la démarche de Y Combinator aux Etats-Unis. »

Fondée par un vétéran de l’Internet, cette dernière est spécialisée dans le financement de start-up durant leur phase de gestation, lorsque l’idée des fondateurs ne s’est pas encore transformée en entreprise, ce qui constitue une alternative intéressante aux organismes de crédit traditionnels d´aide à l´entreprise ou même le crédit personnel. Alors que d’autres fonds d’investissement se concentrent uniquement sur des start-up qui réclament une dose massive de cash pour se développer, Y-Combinator alloue des montants plus réduits à un nombre assez élevé de porteurs de projets, quitte à enregistrer un taux de mortalité proportionnel au sein de cette pépinière de talents en devenir. Ces participations minoritaires au capital s’accompagnent de services additionnels (coaching, carnet d’adresses, trucs et astuces…) fournis aux apprentis entrepreneurs, lesquels pourront lever par la suite de l’argent auprès de plus gros acteurs lorsque leur activité sera lancée.

Avec 1ME, Alain Mbange veut appliquer la même démarche aux start-up belges. « Nous échelle est bien entendu beaucoup plus modeste et nous prendrons entre dix et quinze dossiers par an », précise notre interlocuteur. « Nous apportons aux associés actifs des fonds, mais aussi nos réseaux et notre expérience pour les aider à gagner du temps. »

Première opération réalisée par 1ME : l’acquisition de 35% de la société Click2CallVision. Sa technologie est le « click2call », un système qui permet à l’internaute de dialoguer instantanément, par voix ou par texte, avec un opérateur (humain) lorsqu’il visite un site web. « Le click2call a déjà fait ses preuves dans le commerce électronique », souligne Alain Mbange. « Cela permet de rassurer l’internaute qui hésite à acheter. Le service de Click2CallVision a la particularité d’être entièrement paramétrable sur Internet, sans installation technique fastidieuse. On peut donc aisément le déployer à grande échelle. »

Pour assurer son développement, Click2CallVision peut déjà s’appuyer sur un partenariat avec Rossel Advertising, la régie publicitaire du groupe Rossel (éditeur du quotidien Le Soir). Objectif : mettre plus d’interactivité dans les campagnes publicitaires que les annonceurs peuvent acheter sur les différents sites (LeSoir.be, SudPresse.be…) en portefeuille. Il se raconte aussi que, confronté à l’érosion des recettes publicitaires, Rossel nourrirait certaines ambitions dans le commerce électronique… d’où un intérêt supplémentaire pour la technologie click2call.

Paru dans La Libre du 17 mars 2010.