Elles sont jeunes, talentueuses, ambitieuses. Ensemble, elles forment la troisième génération d’agences web apparue sur le marché belge après les deux précédentes vagues qu’on a vu déferler de 1995 à 2001 (Emakina, DAD, Cromozone…), puis entre 2002 et 2006 (Globule Bleu, OX2, Walking Men…). La plupart ne pèsent encore rien en terme de chiffre d’affaires. Mais nous pensons que toute valent la peine qu’on garde un oeil sur leur évolution. Pour sélectionner ces six protagonistes parmi la multitude d’agences nées ces derniers temps, nous nous sommes basés sur trois critères :
I. L’âge. Toutes les agences retenues sont nées entre 2006 et aujourd’hui. Le profil de leurs fondateurs a également été comptabilisé : sauf cas particuliers, nous avons privilégié ceux qui effectuent leur première expérience entrepreneuriale et qui possèdent un solide “background” dans le web.
II. Le portefeuille de clients. Nous avons jaugé ici l’habileté à séduire des grands comptes ou des acteurs de premier plan dans leur secteur d’activité. Cet aspect n’était pas rédhibitoire (cf. Epic, Pepper & Koffee…) mais il plaidait bien entendu en faveur de l’agence.
III. La qualité du service et des réalisations. Il s’agit bien entendu de l’indicateur le plus subjectif. Dans le cas des agences créatives, nous avons étayé nos choix à travers un “triangle magique” de compétences : excellence artistique, agilité technologique et capacités stratégiques. La combinaison de ces trois dimensions, que nous jugeons indispensable en 2011, nous a amenés à éliminer des agences qui, si elles étaient d’excellentes “productrices”, nous semblaient trahir certaines faiblesses dans la réflexion en amont de la collaboration avec les clients.
Dernière remarque : nous avons délibérément mêlé ici des “web builders” à des acteurs plus hétérogènes (agences en marketing des moteurs de recherche, concepteurs d’applications mobiles…). Bien que cette option puisse surprendre, nous pensons qu’elle reflète le web tel qu’il a évolué ces dernières années. Auparavant, un site était une plate-forme fermée, souvent isolée du restant du marketing de la société. Aujourd’hui, il n’est plus qu’une entité dans un paysage beaucoup plus éclaté où moteurs de recherche, réseaux sociaux, terminaux mobiles… ont constitué un nouvel écosystème aux ramifications multiples. Dans ce contexte, “faire du web” ne se limite plus à fabriquer du code HTML ou dessiner des “wireframes” : l’horizon embrasse désormais un univers polymorphe et en perpétuelle ébullition.
1. 1MD
Date de naissance. Avril 2009
Chiffre d’affaires en 2010. 600.000 euros (est.)
Effectifs. 6 personnes
Principaux clients. Activision, Axa, CinéTéléRevue, Coca-Cola, Fiat, Kia Motors, Malibu, Nutella, Škoda, Smart, Sony Music, Volkswagen, Walibi…
Ambition. « Continuer à faire du bon boulot tout en s’amusant. Nous pensons que cela est impossible lorsque les effectifs sont trop importants. Nous grandirons sûrement encore dans le futur mais pas de façon immodérée (max. 10-15 personnes). Nous voulons toucher des clients plus internationaux et travailler de plus en plus en direct avec le client final. » (Vincent Battaglia)
Pourquoi il faut suivre cette agence. Fondée par quatre anciens d’Emakina, 1MD s’est rapidement fait un nom grâce à la qualité de leurs premières réalisations. Si le BetaGroup reste un vivier de clients non négligeable pour l’agence, plusieurs grands comptes ont travaillé avec elle ces derniers mois. Reste maintenant à confirmer dans la durée ce départ prometteur. Car, dans le cercle des agences qui se revendiquent “créatives”, on n’est jamais à l’abri d’un nouveau compétiteur qui viendrait subitement vous prendre la lumière…
2. Semetis
Date de naissance. Mars 2009
Chiffre d’affaires en 2010. 3,8 millions d’euros
Effectifs. 8 personnes
Principaux clients. Scarlet, Belgacom, Ikea, SNCB, D’Ieteren, Vandenborre, Electrabel, RTBF, Touring Assurance, groupe Ixina…
Ambition. “Développer notre propre plate-forme technologique, augmenter notre part de chiffre d’affaires en Web Analytics et grandir à l’échelle interationale.” (Gabriel Goldberg)
Pourquoi il faut suivre cette agence. Créée par deux anciens de Google Belgique, Semetis est le poil à gratter du “Search Engine Marketing” (SEM) dans notre pays. En quelques mois, l’agence a accumulé un impressionnant portefeuille de clients et veut s’appuyer sur ses propres outils pour construire sa croissance internationale. On soulignera également différentes initiatives (comme le séminaire professionnel “Search University”) qui contribuent à élever le niveau de jeu du SEM en Belgique.
3. Coco Lemon
Date de naissance de l’agence. Juillet 2010
Chiffre d’affaires en 2010. 127.000 euros (6 mois)
Effectifs. 9 personnes
Principaux clients. Euro RSCG, Ogilvy, Mediagong (Paris), Mercedes – Benz, Brussels Airport, les institutions européennes…
Ambition. “Etre le fournisseur n°1 des agences de communication, muscler notre recherche et développement et… toujours trouver des solutions innovantes face au besoin du client” (Vincent Jadot)
Pourquoi il faut suivre cette agence. Un acteur très jeune mais qui en a sous le capot, les fondateurs affichant un solide parcours dans le monde du web (Cromozone, DAD, FullSix…). On lui souhaite toutefois de trouver plus de clients “directs” car le gros du “business” nous semble venir de plus grands acteurs qui sous-traitent chez eux la production de leurs campagnes. Une stratégie (assumée) de croissance qui peut se révéler payante à court terme mais qui peut se retourner contre l’agence lorsque surgit un concurrent qui casse les prix sur le marché.
4. Pepper & Koffee
Date de naissance. Octobre 2007
Chiffre d’affaires en 2010. 170.000 euros
Effectifs. 2 personnes
Principaux clients. Unilever, La Poste, ConnectInside.com, StreetPage…
Ambition. “Développer commercialement nos outils ‘maison’ Taskii.com (gestion de projet) et LaPatate.be (site e-commerce) que nous avons créés pendant les premières années de la société, conjointement à l’activité d’agence web qui a financé leur élaboration. Nous concentrer également sur notre spécialité, le développement d’applications web de haut niveau.” (Vincenzo Ruggiero)
Pourquoi il faut suivre cette agence. Malgré les clichés et les préjugés, il y a du talent en Wallonie et Pepper & Koffee est un digne représentant de cette région qui gagnerait à mieux promouvoir ses entreprises actives dans le web. Outre le portefeuille de clients (Bpost, Unilever…), nous avons également été séduits par les réalisations propres où les créateurs surprennent par leurs aptitudes créatives, technologiques, mais aussi stratégiques. Un mélange de compétences qui n’est pas si fréquent au sud du pays…
5. EPIC
Date de naissance. Juillet 2009
CA en 2010. 240.000 euros
Effectifs. 6 personnes
Principaux clients. Redken (L’Oréal), Etilux, Leidgens, Opéra Royal de Wallonie…
Ambition. “EPIC est née de la volonté de proposer une solution réaliste pour les sociétés qui recherchent le niveau de compétence d’une grande agence et l’implication d’un freelance.” (Hugues Lismonde).
Pourquoi il faut suivre cette agence. C’est notre choix le plus audacieux et nous l’assumons. C’est vrai, la localisation géographique (Verviers) peut prêter à sourire et même se révéler un handicap. C’est vrai, certaines références de l’agence manquent d’envergure. Vu le CV des fondateurs (Emakina…), l’équipe peut toutefois prétendre à viser plus haut dans les années à venir. A condition de ne pas s’enfermer dans le “sous-localisme” (lisez : “on ne travaille qu’avec les clients du coin”), phénomène qui hélas gangrène nombre d’agences web en Wallonie et qui freine leur expansion à plus grande échelle.
Date de naissance. Septembre 2009
6. Fishing Cactus
Date de naissance. Septembre 2009
CA en 2010. 800.000 euros
Effectifs. 20 personnes
Principaux clients. Microsoft, Apple, Handmark, Samsung, Ubisoft, AMA Studios, ArmorGames, Emakina, The Reference, Publicis, These Days, Adictiz.
Ambition. « Nous voulons établir un studio de référence dans le développement de jeux, advergames (jeux publicitaires) et serious games, depuis leur conception jusqu’à la réalisation. Pour atteindre ces objectifs, Fishing Cactus développe une technologie 2D/3D multiplateformes (iOS, Android, consoles, PC, Mac) et bénéfice d’équipe expérimentée dans des domaines de pointe (Kinect, Mobile, 3D temps réel, réalité augmentée). » (Bruno Urbain)
Pourquoi il faut suivre cette agence. Installé à Mons, un petit studio très créatif qui a rapidement trouvé son créneau et qui attire aujourd’hui l’attention de grands acteurs des médias interactifs. Fishing Cactus se positionne en outre dans les jeux sur mobile, segment du marché du jeu vidéo que les analystes promttent à un très bel avenir.
Paru dans Inside Digital Media n°123, mars 2011.