L’information hyper-locale connaît un succès grandissant sur le Net. Un nouveau marché qui suscite déjà des convoitises…
La proximité, nouvelle frontière du web ? Depuis quelques mois, le contenu à résonance “locale” monte en puissance sur la Toile. Startups, réseaux sociaux, moteurs de recherche : tous veulent capter l’attention d’un internaute qui éprouve le besoin grandissant de savoir ce qui se passe – et ceux qui passent – au coin de sa rue.
Première illustration de cette tendance massive, les réseaux sociaux à l’échelle locale ont connu une très forte progression ces deux dernières années. C’est le cas de CityPlug (444.000 visiteurs uniques le mois dernier), plate-forme qui permet de découvrir et partager les bons plans et adresses utiles dans chaque grande ville belge (Bruxelles, Anvers, Liège, Namur)… au grand désespoir de certains restaurateurs et commerçants qui doivent vivre avec les commentaires parfois cinglants qu’y laissent des clients mécontents. De son côté, Le Petit Moutard (188.000 visiteurs uniques en août) propose un « guide pour sortir Papa et Maman » et trouver des activités à faire avec les enfants durant le week-end et les vacances. Point commun entre CityPlug et Le Petit Moutard : tous deux ont été élaborés par des développeurs informatiques de formation qui ont su exploiter moteurs de recherche pour construire rapidement de véritables communautés.
L’irruption de ces nouveaux services à la croissance explosive oblige des acteurs plus traditionnels à repenser leur rapport à l’internaute. Truvo, éditeur de l’annuaire Les Pages d’Or, vient ainsi de transformer Truvo.com en SaySo.be. Si la matière première reste le cœur de métier de l’entreprise (fournir des renseignements locaux), le positionnement est neuf. “SaySo vise à capter un autre type d’utilisateurs que ceux des Pages d`Or”, explique Martine Bayens, CEO. “Il s’agit d’internautes qui se basent davantage sur les avis de leurs pairs avant de prendre une décision. Les Pages d’Or ont attiré 2,4 millions de visiteurs uniques en juillet. Notre ambition est d’atteindre 10% de ce résultat avec SaySo dans un avenir proche.”
Mais d’autres applications proposent déjà d’aller plus loin dans l’information de proximité via la géolocalisation, technologie qui permet de situer un objet ou une personne sur la carte en fonction de sa position géographique. Le procédé n’est pas réellement nouveau (on en parle depuis au moins une dizaine d’années) mais il bénéficie aujourd’hui de l’essor de l’Internet mobile qui semble enfin décoller grâce, entre autres, à l’arrivée de téléphones intelligents comme l’iPhone.
Le téléphone d’Apple propose ainsi une pléthore d’applications qui usent de la géolocalisation pour personnaliser l’information en temps réel. Application gratuite et quasi universelle, AroundMe puise par exemple dans la base de données de Google pour vous indiquer instantanément les bars, restaurants, pompes à essence… les plus proche de vous.
La géolocalisation affiche un attrait encore supplémentaire lorsqu’on la combine avec les réseaux sociaux. C’est la démarche de Foursquare et Gowalla, deux startups US qui forment le « buzz » du moment sur Internet et qui permettent de partager les lieux où vous êtes, les commentaires que vous formulez sur ces mêmes endroits etc. Véritables GPS sous stéroïdes, les deux services se doublent d’une dimension de jeu et de divertissement qui stimule leur usage à forte dose. Sur Gowalla, vous pouvez ainsi collectionner les “badges” des lieux que vous avez déjà visités, de suivre des parcours confectionnés par des grands opérateurs touristiques, voire d’accumuler des points bonus échangeables contre des récompenses réelles ou virtuelles. De son côté, Foursquare crée une sorte de compétition entre ses membres pour devenir “maire” (“mayor”) d’un restaurant, d’un lieu de travail, d’un club de sport… Une fonctionnalité qui ouvre des perspectives marketing que la chaîne Starbuck a déjà saisie outre-Atlantique en offrant divers avantages aux « maires » de ses cafés. Tant Gowalla que Foursquare restent, pour l’instant, les jouets d’une élite technophile mais leur potentiel de séduction – et de commercialisation – oblige les géants de l’Internet à réagir, à l’image de Facebook qui, durant l’été, a lancé un service quasi équivalent baptisé Facebook Places.
Nul doute que la géolocalisation fournit du grain à moudre aux vigies du respect de la vie privée qui y voient une nouvelle intrusion de la publicité dans notre quotidien. Les professionnels de la communication rétorquent, non sans raison, que les services géolocalisés nécessitent l’assentiment préalable de l’utilisateur et que ce dernier rejettera les usages trop indiscrets de sa situation géographique. Le débat est probablement loin d’être clos… En attendant, un danger bien réel a déjà été identifié par les observateurs de la Toile : celui des « cybercambriolages » perpétrés par des malfrats qui utilisent les réseaux sociaux et la géolocalisation pour repérer quand les gens sont absents de leur domicile. A bon entendeur…
Première parution dans La Libre, octobre 2010.
