C’est un des vilains défauts du web : chaque fois qu’une quelconque nouveauté y apparaît, elle génère quasi immédiatement un enthousiasme aveugle avant de se normaliser ou de disparaître dans les limbes de l’oubli. Le podcast ne fait exception à la règle.
Voici quelques semaines, Loïc Le Meur, figure bien connue dans la blogosphère française, a ainsi défrayé la chronique en diffusant le premier podcast audio et vidéo d’un grand format de la scène politique hexagonale. Il s’agissait en l’occurrence de Nicolas Sarkozy, homme fort de la droite et ministre de l’Intérieur outre-Quiévrain. Celui-ci s’est illustré, entre autres, par l’usage polémique des termes « racaille » et « karcher » qui ont déclenché les récentes émeutes dans les banlieues françaises.Certains esprits y ont vu une « reconnaissance du nouveau rôle joué par les blogueurs ». On retrouve ici en filigrane une idée chère aux adeptes des « social medias » (ou « grassroot medias » comme disent également les Américains) : celle d’un réseau ouvert, horizontal et décentralisé qui rendrait au peuple la maîtrise des moyens de communication et qui se substituerait aux médias traditionnels, accusés de relayer le discours dominant des élites dirigeantes.
Pour ma part, j’y vois surtout un non-événement. Tout d’abord, gardons à l’esprit que Loïc Le Meur est un passionné du blogging, mais aussi le CEO de Six Apart Europe (éditeur des plates-formes de blogging TypePad et MovableType). Ce podcast de Nicolas Sarkozy est donc un formidable coup médiatique pour sa société.
La contenu de l’interview a également de quoi laisser sceptique. Que peut-on y apprendre d’intéressant ? Rien, ou presque. Si vous suivez un peu la vie politique française, vous ne découvrirez absolument rien de neuf sur Nicolas Sarkozy, qu’il s’agisse de l’homme privé ou de l’homme politique. En outre, Loïc Le Meur commet de nombreuses erreurs impardonnables qu’éviterait même un jeune journaliste frais émoulu de l’école : pas de questions dérangeantes, manque flagrant de répartie et tutoiement de Nicolas Sarkozy (ce qui laisse accroire une collusion entre les deux interlocuteurs). Sans oublier le petit cadeau (un iPod) au ministre… Sur son blog (www.loiclemeur.com), Loïc Le Meur a au moins l’honnêteté de reconnaître les lacunes de sa démarche : « Je ne suis pas et ne me suis jamais pris pour un journaliste, cet entretien est conforme a mes attentes et n’a pas à répondre à une quelconque pseudo déontologie journalistique. (…) Je suis un blogueur mais aussi un entrepreneur et mon entreprise a des clients de gauche et de droite, ce qui expliquera probablement à ceux d’entre-vous qui s’attendaient à des questions plus dérangeantes pourquoi elles ne sont pas polémiques. »
D’autre observateurs jugent néanmoins que, malgré ses incontestables faiblesses, cet entretien pourrait cependant inaugurer une « nouvelle voie de la communication politique » entre élus et électeurs. Cette hypothèse ne doit pas être écartée. Mais il reste de multiples questions en suspens : quelle est la véritable valeur ajoutée de ces canaux de communication dans le torrent d’informations qui déferle déjà quotidiennement à la télévision, à la radio, dans la presse et… sur la Toile ? Quel éclairage nouveau peuvent-ils jeter sur l’actualité que dissèquent quotidiennement les journalistes, éditorialistes et autres agences de presse? Comment prévenir les inévitables dérives dans le chef d’amateurs qui produisent du discours médiatique sans véritable filet déontologique ? Dans ce domaine, les tenants des « social medias » prônent l’auto-régulation… mais est-ce bien raisonnable ?
Avec le podcast de Nicolas Sarkozy débarque chez nous un débat qui fait déjà rage de l’autre côté de l’Atlantique entre blogueurs et journalistes, entre amateurs et professionnels de l’information. Pour le reste, circulez, y a rien à voir. Que ce soit sur votre iPod ou ailleurs.
Bonjour ODD
Je supose que votre ton critique, polémique, voir pessimiste et provocateur fait partie intégrante de votre “personal touch” que ce soit dans vos activités de blogueur, de journaliste ou d’assistant.
Ceci dit, je pense qu’ici, il y a un paradaxe dans cette note: d’une part vous portez un intérêt et vous posez pas mal de questions sur le sujet, mais d’autre part vous sembler étouffer le poussin dans l’oeuf.
Loïc Le Meur s’est justifié, et qu’on aime ou pas, a assumé ses choix. Alors quoi ? Tant mieux pour lui.
Le débat journaliste bloggeur n’en est pas un. Vous avez déjà pas mal échangé la dessus sur mon blog, mais ça tourne en rond. Un journaliste m’a dit un jour que les seuls professionnels qui avait quelque chose à craindre des bloggeurs sont ceux qui reste le derrière sur une chaise et dans leur confort (cut and paste, limitation des flux entrant, etc.) Je suis assez d’accord.
Je vous conseille la lecture de cet article
Il a été réalisé dans un cadre académique et pose le problème d’une façon qui m’a beaucoup plu…
Voilà, bonne continuation.
Jeremy.