Truvo, du papier au numérique



Face à la montée des nouveaux médias, l’éditeur des Pages d’Or doit revoir en profondeur son modèle économique.

Et si les annuaires sur papier disparaissaient un jour? Chez Truvo, éditeur de l’annuaire des Pages d’Or, cette hypothèse n’est plus un tabou. Une récente étude d’InSites Consulting pointait d’ailleurs que l’usage de l’annuaire est en chute libre lorsqu’il s’agit de trouver le numéro de téléphone d’un fleuriste ou d’un déménageur. Tout profit pour les moteurs de recherche, Google en tête.

Obligée de se transformer, Truvo doit gérer une double temporalité. A court terme, l’entreprise peut vivre de son annuaire, activité que demeure extrêmement rentable avec des marges bénéficiaires plutôt confortables. A plus longue échéance, la société sait qu’elle doit revoir son modèle économique, sous peine d’être balayée par la vague numérique qui a changé les règles du jeu. D’un côté, Google continue, jour après jour, d’indexer l’information en ligne et de court-circuiter les anciens fournisseurs de renseignements de proximité. De l’autre, les Pages d’Or doivent désormais affronter la concurrence de sites web et communautés comme Resto.be, Le Petit Moutard ou CityPlug. Des acteurs “Internet-native” plus souples, plus flexibles et qui profitent d’ailleurs de l’éco-système du même Google pour développer leur audience de façon exponentielle.

Truvo a donc entamé une “longue marche” vers le numérique. Sur le devant de la scène, la société investit massivement dans son site Internet et vient de lancer une nouvelle application iPhone. “Notre objectif est d’atteindre le consommateur à travers un maximum de canaux”, explique Martine Bayens, CEO. “Nous nous positionnons aujourd’hui comme un fournisseur de trafic pour les entreprises grâce à la qualité de notre contenu local.”

En coulisses, Truvo a signé des partenariats en rafale avec de grands acteurs de l’Internet comme Microsoft, le réseau social Netlog ou la régie Internet Beweb. On notera aussi que Pierre Gatz, Chief Technical Officer de la société, est récemment entré au Conseil d’Administration de l’agence interactive Emakina. Enfin, Truvo reste à l’affût d’acquisitions à effectuer. Selon nos informations, l’éditeur des Pages d’Or était ainsi candidat au rachat de l’agence de référencement Extenseo (aujourd’hui iProspect Belgium) lors de sa mise en vente au dernier trimestre 2007.

Pour Truvo, le défi de l’Internet est aussi interne. “Les commerciaux de la société ont été habitués à vendre des espaces publicitaires sur un marché où Truvo n’avait quasiment pas pas de rivaux”, explique un ancien employé. “Nous investissons beaucoup dans la formation de notre personnel”, répond Martine Bayens. “Notre équipe nouveaux médias comptent plus de cinquante personnes, dirigées par un ancien membre de Yahoo. Nous développons aussi notre activité de conseil pour les annonceurs qui souhaitent atteindre une certaine audience. Là où Google se concentre sur les plus gros annonceurs, nous visitons au moins une fois par an chaque société belge.”

Objectif à long terme de Truvo : faire du numérique sa première source de revenus. “Pour cette année, nous prévoyons que 50% de nos revenus viendront des canaux interactifs”, explique Martine Bayens. “A l’horizon de cinq ans, nous voulons que ce chiffre grimpe à 75%.”

Paru dans La Libre du 5 juin 2010.







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