Twitter : changer le monde en gazouillant





Le réseau social Twitter connaît une croissance explosive au niveau mondial. Rencontre avec Biz Stone, un de ses co-fondateurs.

36 ans, cheveux en pétard, air sympa et décontracté : Biz Stone est un peu l’archétype des créateurs de start-up qui ont nourri la légende de la Silicon Valley californienne, terreau de nombreuses révolutions technologiques qui ont bouleversé le monde durant ces trente dernières années. En quatre ans, lui et ses deux associés ont construit Twitter, un réseau social où quelque cent millions de membres (dont 60% installés hors des Etats-Unis) s’échangent de brefs messages, baptisés “tweets” (“gazouillis”), de 140 caractères maximum. Si cette conversation en temps réel a d’abord été l’apanage d’une élite technophile, Twitter commence à réunir une audience beaucoup plus large qui s’étend désormais aux célébrités, sportifs, manadataires politiques… et qui a transformé Twitter en étoile montante de l’Internet mondial. “Pourtant, j’aime décrire Twitter comme un enfant qui grandit”, explique Biz Stone. “Comme tous les enfants, nous faisons des erreurs. Etant donné que Twitter est une plate-forme transparente et ouverte au public, les utilisateurs peuvent les voir et même nous aider à les corriger. En fait, nous sommes devenus célèbres pour nos erreurs”, sourit notre interlocuteur.

Alors que, fin 2009, Twitter n’employait encore qu’une trentaine de personnes, la société compte aujourd’hui plus de deux cents collaborateurs. “Conserver notre culture d’entreprise originelle est un défi pour nous”, souligne Biz Stone. “C’est pourquoi nous sommes divisés en une vingtaine de groupes. Chaque entité fonctionne comme une startup autonome et doit défendre en comité de direction ses projets pour le restant de l’année.” Quelles caractéristiques faut-il posséder pour être engagé par Twitter ? “Contrairement à ce que vous pourriez penser, nous ne recrutons pas en priorité des jeunes de vingt ans sortis de l’université. Nous souhaitons davantage de variété au sein de notre équipe et nous voulons aussi des profils expérimentés. Pour travailler chez Twitter, il faut avoir un bon sens de l’humour, être compétent et, surtout, avoir envie d’un job qui ait une véritable signification pour vous.”

Car, à l’instar de Google, Twitter nourrit une utopie : rendre le monde meilleur en connectant les individus pour faire émerger une sorte de conscience globale. “Aujourd’hui, les “tweets” peuvent être traduits automatiquement dans n’importe n’importe quelle langue. La technologie est encore imparfaite mais elle va s’améliorer. S’ils peuvent communiquer entre eux, les utilisateurs peuvent peuvent alors comprendre qu’ils partagent des préoccupations communes à l’échelon mondial et sortir de logiques purement nationales. En tant que citoyen du monde, imaginez les choses incroyables que nous pouvons accomplir ensemble. Twitter fournit l’occasion de dire aux politiciens : ‘Hé, arrêtez de vous battre pour des choses stupides, voici les problèmes que nous pensons devoir être résolus.’” Faire le bien en faisant du business : une philosophie qui pourrait engendrer le pire comme le meilleur des mondes…

Avant que ce grand dessein ne se réalise, Biz Stone sait toutefois que Twitter doit encore évoluer malgré son succès croissant. “Nous devons améliorer l’interface pour rendre Twitter plus accessible. Chaque jour, plus de cinquante millions de messages circulent sur notre plate-forme. Nous devons davantage aider les utilisateurs à trouver leur chemin vers l’information qui les intéresse.”

Paru dans La Libre du 21 juin 2010.

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