Comme tous les journalistes spécialisés, j’ai bien été obligé de m’intéresser au Web 2.0, ce concept inventé par Tim O’Reilly et qui fait actuellement fantasmer les foules (la première partie d’un dossier sur le Web 2.0 est d’ailleurs parue dans le dernier Inside). Mais, à vrai dire, plus j’examine la question, plus j’ai l’impression qu’il s’agit d’une invention assez nébuleuse de marketeers en mal de slogans accrocheurs. Je suis assez soulagé de voir que d’autres personnes partagent mon opinion.
Olivier, je découvre à peine ton blog.
Je suis très étonné de ta position sur le web 2.0. Autant je deteste ce terme marketing, autant on peut remarquer une courbe d’évolution exponentielle de services web.
Evidemment cela génère des frictions, des spéculations, mais il y a un réel changement qui s’opère sur le web.
Je bosse depuis 10 ans dans le web, toujours enthousiaste mais pragmatique dans mon approche. J’ai fort décrié le web 2.0, je n’y ai pas cru, j’ai crié au scandale bulle 2.0.
Il est nécessaire de faire la part des choses entre les spéculateurs et les enthousiastes du web.
Des concepts comme netvibes, technorati, wikipedia ont totalement changé mes habitudes de surf. Je choisis, je morcèle, je module, je participe, j’échange. C’est le nouveau visage du web, et malheureusement la Belgique, ventre mou du web, ne prend pas le train en marche.
Ce nouveau web est une realité, peu importe le terme, si tu en retires la substantifique moelle, cela devient évident. Le monde change, les consommateurs changent, leur mode d’achat et de consommation aussi.
Evidemment les majors musicaux, les éditeurs craignent ces nouveaux modèles qu’ils n’arrivent pas à appréhender. C’est compréhensible, mais les consommateurs les rattrapent
et les dépassent.
Execution of a good idea is better than a poor exploitation of a stellar concept ![]()
Bonjour Manu (je ne vois pas exactement qui tu es mais ce n’est pas grave),
Le concept du Web 2.0 est utile pour analyser les tendances actuelles dans les applications Internet. Mais il n’a pas assez de base scientifique pour servir de grille d’analyse rigoureuse et systématique. Dire que tel ou tel service est 1.0 ou 2.0 n’a aucun sens : le web est un bouillonement perpétuel d’idées devant lequel nous n’avons pas assez de recul pour pouvoir juger sereinement de son évolution profonde. L’expression de web 2.0 est d’autant plus galvaudée qu’on y met un peu tout et n’importe quoi dedans pour l’instant.
Par ailleurs, quand tu dis que tes habitudes de surf ont totalement changé, n’oublie pas que tu es une personne à l’aise avec les nouvelles technologies et que tu en as même fait ton métier, si je comprends bien. Nombre de gens ne sont pas sur le Net ou, quand ils sont connectés, s’en servent uniquement pour lire leurs e-mails ou chercher des informations. Le Web 2.0 a été inventé par des geeks et ce sont principalement des geeks qui y adhèrent. Mais on a tendance à oublier que les geeks ne forment qu’une infime fraction de la population.
J’en ai parlé avec les boss de plusieurs grandes agences web belges et ils partagent globalement mon avis (ou vont même plus loin que moi dans l’analyse).
Olivier, non effectivement on ne se connaît pas
Mais de blogs en blogs les échanges se créent… et les connections sociales se réalisent.
Désolé pour mon second commentaire très long, mais c’est un débat qui mérite de l’attention. Surtout qu’apparemment tu as un statut influent dans le milieu. Je ne cherche pas à te convaincre mais à échanger des idées et des expériences.
Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le terme Web 2.0. Je ne l’affectionne pas particulièrement, car à mon sens il peut aussi s’appliquer à d’autres choses que le web.
Par contre, là ou je suis en contradiction avec ton commentaire, c’est qu’on peut observer réellement une scission entre le web « d’avant » et les nouvelles « applications ».
Je fais énormément de veille, j’ai vécu le golden age internet et le crash. J’ai toujours été pragmatique, parfois même très critique. Après le crash, le web était fort insipide, peu spontané et enthousiaste. Très commercial et unidirectionnel. Et là on assiste réellement à un changement de comportements sociaux envers ce medium. Le web devient bidirectionnel et modulable, utilisable par tout un chacun. D’où la naissance de ce terme un peu maladroit qui englobe d’un coté des techniques d’accessibilité et des comportements sociaux.
Nous sommes d’une autre génération (j’ai 30 ans), et les dernières tendances nous prouvent que « geek » devient la norme : 60% des ados ont leur propre PC et une connexion Internet, 90% un GSM, + de 50% un lecteur MP3, ils usent et abusent des IM.
Donc je ne sais pas si on peut parler uniquement de geek pour les utilisateurs, car si on prend comme exemple myspace.com, avec ses 55 millions d’utilisateurs, et qui a enfanté (plutôt poussé) un groupe comme les Arctic Monkeys (des millions d’albums en UK en quelques semaines) il est difficile de ne voir que des geeks. On arrive à rentrer dans une masse critique. Je prends un exemple encore plus simple, le peer2peer, fait partie de ces concepts, et il en est même le socle. Pas besoin de dire combien de personnes utilisent ce « concept » tous les jours.
Prenons un autre exemple, Gmail. Concept « web 2.0 » par excellence, basé sur les invitations (référence au social networking) et une interface complètement ajax. Succès immédiat et pas seulement auprès des geeks.
Les exemples « mass medias » s’accumulent de jour en jour (Faux blog Coca Cola, intégration wiki à Amazon, Flickr intégré à Yahoo, Technorati qui explose, Digg devenant le nouveau slashdot, Microsoft et live.com, la suite office live en full ajax, etc..)
Qu’on le veuille ou non, ces changements sont en route. J’observe également que des petits « geeks » bousculent les grandes sociétés.
Avant, pour monter une boîte, tu faisais ton business case, ensuite des tours de table financiers et avec un peu de chance le projet se lançait.
Avec la démocratisation du net, les projets se montent quasiment de rien, font boule de neige et ensuite lèvent les financements. L’idée, la substance, le buzz et l’innovation font tache. Il est difficile aussi pour une grande société tentaculaire d’amener une innovation disruptive, d’où l’intérêt de racheter ces « jeunes pousses ».
Tu parles aussi de chercher des informations comme activité, mais là aussi ce changement s’opère avec le RSS. Le site reférences.be (de jobs) s’est doté d’un blog et de fils RSS sur les recherches. Le changement s’amorce chez de plus gros acteurs. Le rss commence à s’avérer indispensable pour beaucoup de choses. Les blogs se crédibilisent et offrent ce que ne peut pas offrir un éditeur : des thèmes variés, de la spontanéité, des critiques bien tapées. C’est l’ère du consumer-to-consumer.
Nous sommes engoncés dans nos habitudes, je croyais aussi que c’était « geek » et réservé aux « early adopters », mais on commence à passer à la masse critique, et personnellement des attitudes de surf que j’avais depuis des années ont changées.
Pour les web agencies, sans vouloir être trop critique, un boss d’agence web belge ne fait souvent que suivre le courant et ne le dirige pas ;), donc je ne suis pas du tout étonné. Il ne faut pas se lancer tête baissée, mais des expériences peuvent être réalisées. Je crois qu’il manque en Belgique ce sens de l’innovation, de ce feeling du concept-killer. Difficile d’imaginer des nouveaux modèles économiques, ou de mixer ces nouveaux modèles économiques pour un dirigeant d’entreprise. Ou de les intégrer à une stratégie web ou mix-media. Argent, créativité et innovation, c’est un cocktail dangereux. Mais cela vaut la peine d’analyser, sous risque de voir une Belgique encore à la traîne. Les idées reçues et les habitudes sont difficiles à déloger. Cela dénote bien l’état d’esprit « good news » purement web-belge.
Je vais même me risquer à une prédiction, tu peux être sûr que d’ici un an ces mêmes personnes auront changé d’avis. ![]()