Zinio, un kiosque numérique pour les magazines belges



Acteur international, Zinio veut conquérir le marché de la presse périodique. Avec l’iPad comme appât pour les éditeurs.

Distribuer les magazines dans toute la galaxie numérique. C’est l’ambition de Zinio, une plate-forme électronique née en 2001 aux Etats-Unis. Au fil des années, cet acteur a ajouté de nombreux éditeurs à son catalogue et affirme compter aujourd’hui quelque 2.500 titres internationaux à son actif, dont plusieurs marques prestigieuses (The Economist, Harvard Business Review, National Geographic, Elle, Vogue…). Après la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, ce kiosque virtuel arrive en Belgique et a déjà conclu des premiers accords avec Roularta Media Group, Hachette Edition Ventures et le Groupe Bayard, soit un portefeuille global de 200 magazines (Le Vif / L’Express, Trends, Télépro…) dans les deux langues. Depuis peu, le magazine féminin Elle Belgique a également rejoint Zinio, « et nous sommes en discussion avec Sanoma, De Persgroep, Rossel et Produpress », explique Joseph Pérez-Pla, directeur du développement commercial.

Zinio entend visiblement surfer sur le succès de l’iPad pour convaincre les acteurs belges de franchir le pas : déjà vendue à plus de trois millions d’exemplaires à l’échelle mondiale, l’ardoise magique d’Apple va probablement s’imposer comme un nouveau canal incontournable pour les groupes de presse. Or, tandis que le marché des périodiques enregistre chez nous une légère érosion des ventes (-3,7% du côté francophone au deuxième trimestre), être présent dans l’AppStore n’est pas gratuit : il faut financer des développements spécifiques (les applications pour iPhone et iPad utilisent une technologie différente du web) et partager 30% des recettes avec Apple (sans compter la TVA) si on utilise le système de paiement interne à l’AppStore.

Dans ce contexte, Zinio propose une plate-forme qui permet au lecteur d’acheter un abonnement ou un numéro à l’unité, puis de lire le magazine sur tous les supports. « Les magazines dans notre catalogue peuvent être téléchargés sur Zinio.com ainsi que sur le site web de l’éditeur, quel que soit le medium : l’ordinateur, les téléphones intelligents et les tablettes interactives », explique Joseph Pérez-Pla.

Côté éditeurs, Zinio donne une solution « clé en main », depuis la mise en ligne du magazine jusqu’à leur déclinaison sur le web et tous les autres avatars numériques. « Dans le cas de l’iPad, Zinio distribue le magazine soit via son application iPad, soit à travers une application dédiée propre à l’éditeur. Dans les deux configurations, la marge de l’éditeur est garantie contractuellement et nous nous chargeons directement de négocier la commission auprès d’Apple en tant que distributeur, ce n’est pas l’affaire de l’éditeur. Par ailleurs, l’éditeur fixe librement le prix du produit et récolte les données des clients, chose impossible lorsque le magazine est vendu directement sur l’AppStore. » Une allusion aux quotidiens qui doivent respecter le palier de 0,79 euro / pièce fixé par Apple. « Enfin, nous garantissons aux éditeurs que leurs titres seront exportés automatiquement sur chaque nouvelle tablette au moment de sa sortie. » Zinio est ainsi le seul pourvoyeur de magazines sur le Galaxy Tab, la tablette de Samsung qui se destine à concurrencer frontalement l’iPad.

L’ambition de Zinio dépasse toutefois la simple copie conforme des magazines en version numérique. « Nous pouvons fournir aux éditeurs une solution technologique qui leur permet de reformater et d’enrichir leurs titres pour les possibilités des différents canaux numériques », expose Joseph Pérez-Pla. « L’édition iPad de L’Express en France propose par exemple des pages de publicité qui n’apparaissent pas sur papier. Nous évitons toutefois de brusquer le marché car nous voyons bien que, pour l’instant, nos meilleures ventes restent des duplications de magazines existants. »

Que pensent les représentants de la presse périodique quant à l’irruption d’un tel protagoniste qui n’hésite pas à afficher son goût pour les « deals exclusifs » ? Alain Lambrechts, Directeur Général de la Febelma (Fédération Belge des Magazines), se garde de tout commentaire sur Zinio mais estime que « le numérique confronte nos membres à un double défi. Le premier est le modèle économique. La presse périodique veut emprunter une voie différente de la presse quotidienne qui a opté pour le tout-gratuit. Je pense que c’est une bonne chose. Le second renvoie aux possibilités qu’offrent les tablettes interactives et qui obligent les éditeurs à revenir à leurs fondamentaux de producteurs de contenu, au sens fort de l’expression. » Révolue, l’ère des marchands de papier…

Première parution dans La Libre, novembre 2010.

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